Ce jour-là : le 15 janvier 1970, le Biafra signe sa reddition et met fin à la guerre

Le drapeau du Biafra, brandi en 2012 au Nigeria. © Jon Gambrell/AP/SIPA

Depuis longtemps déjà, l’élite biafraise sait qu’elle ne pourra pas vaincre les forces armées gouvernementales du Nigeria. Alors que son territoire se réduit et qu'une famine emporte des milliers de personnes, la République du Biafra abdique.

Devant les caméras des reporters internationaux, ce jour-là, la délégation biafraise arrive au quartier général de Dodar, près de Lagos. Dans son fief, le chef d’État du Nigeria, le général Yakubu Gowon, se tient debout derrière son bureau dans un impeccable costume gris clair pour accueillir les ex-sécessionnistes.

Fine moustache et grand sourire, le général Gowon serre chaleureusement la main du représentant officiel des sécessionnistes biafrais, Philip Effiong, et lui adresse un sonore « Welcome back, Philip ».

Philip Effiong signe alors l’acte de reddition de l’éphémère République du Biafra, décidée plus de deux ans et demi plus tôt, et qui entraîna une guerre et une famine dévastatrice.

Coup d’État du général Yakubu Gowon

C’est le 30 mai 1967 en effet qu’Odumegwu Emeka Ojukwu– alors gouverneur militaire du Nigeria oriental – proclame la République du Biafra. Il convient de regarder en arrière pour comprendre les causes de cette sécession. Si la colonisation britannique a fortement accentué les différences entre les ethnies du Nigeria, l’année 1966 constitue un point de non retour.

En début d’année, les Ibos – ethnie de 8 millions de personnes, majoritaire dans la région du Biafra – subissent une montée de violence extrême dans le pays, violences qui se soldent par le massacre de plus de 30 000 civils.

Puis, en juillet, le général Johnson Aguiyi-Ironsi, un Ibo alors au pouvoir, est renversé par le coup d’État du général Yakubu Gowon. Ce dernier décide d’un redécoupage territorial du Nigeria en douze Etats fédéraux, ce qui prive en partie le peuple ibo des revenus du pétrole nigérian.

Guerre civile et catastrophe humanitaire

Le 6 juillet, le général Gowon proclame l’état d’urgence et lève une armée cinq fois plus nombreuse que celle des Biafrais. Si en août les forces biafraises traversent le Niger, dès la fin de 1967, l’armée fédérale commence sa conquête du territoire. En octobre tombe la première capitale biafraise, Enugu.

Seulement un an après le début des hostilités, le Biafra a perdu son accès à la mer et les deux tiers de son territoire. Aux combats s’ajoute un blocus de l’armée, qui enclenche malnutrition et famine.

 

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Cartes extraites du Jeune Afrique n°473 du 27 janvier 1970. En rouge, le territoire du Biafra. © Archive JA

Selon différents rapports, des centaines de civils décèdent chaque jour, dont un tiers d’enfants. À partir de l’été 1968, notamment grâce à la Une du magazine américain Life, l’opinion internationale s’émeut.

La France, qui soutient alors le Biafra, met en place un pont aérien depuis Libreville (Gabon). Outre des vivres et du matériel de santé, ces convois transportent aussi armes et mercenaires.

Différents organismes comme la Croix-Rouge et des médecins – tel que le Français Bernard Kouchner avec ses articles dans Le Monde et dans le Nouvel Obs – se mobilisent pour le Biafra et permettent une internationalisation du conflit et du drame humanitaire. De cette action naîtra notamment l’ONG Médecins Sans Frontières en 1971.

« Un peuple blessé »

En décembre 1969, l’armée fédérale lance une grande offensive sur le dernier réduit biafrais. Acculée, l’élite juge la situation dramatique et le 8 janvier 1970, l’auto-proclamé chef de la République du Biafra, Odumegwu Emeka Ojukwu, fuit à l’étranger.

Son successeur, le général Philip Effiong, estime que la situation ne peut plus durer. Il annonce le 12 janvier à la radio que « les Biafrais ont combattu comme un peuple blessé − en raison du sentiment d’insécurité créé par les événements de 1966 − mais [qu’]un terme doit maintenant être mis à leurs souffrances ».

La délégation biafraise arrive à Lagos le 14 janvier et signe, le 15 janvier 1970, la reddition du Biafra et son retour au sein de l’État fédéral nigérian. Le Général Gowon déclare alors solennellement « qu’il n’y a ni vainqueur ni vaincu ».

Cette guerre mais surtout la famine qui en a découlé a causé, selon les estimations, la mort d’1 à 1,5 million de personnes, principalement des civils morts de la famine ou de maladie. Les derniers mots de l’hymne du Biafra, « nous mourrons sans une larme », résume tristement la  guerre et la catastrophe humanitaire qui se sont déroulées sous les yeux du monde.