Afrique du Sud – Arts : « Exhibit B » de Brett Bailey, une oeuvre raciste ?

Une série de tableaux vivants faisant référence aux expositions coloniales. © Franck Pennant/AFP

Déprogrammé à Londres, Exhibit B, l'installation du Sud-Africain Brett Bailey, pourrait aussi susciter la controverse à Paris. Des deux côtés de la Manche, des internautes dénoncent une oeuvre raciste.

Mis à jour le 25/11 à 17h37.

Sur change.org, la plateforme internet de pétitions en ligne, plus de 19 300 internautes appelaient à la mi-novembre à "Déprogrammer le zoo humain". Une exposition coloniale, de nos jours, vraiment ? Exhibit B est en réalité une installation-performance de l’artiste sud-africain Brett Bailey, dont le principe peut à tout le moins surprendre, voire choquer.

Programmée au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis (dans la banlieue parisienne, du 27 au 30 novembre) et au 104 (à Paris, du 7 au 14 décembre), elle est constituée d’une série de tableaux vivants construits sur le modèle des zoos humains en vogue en Europe dès la fin du XIXe siècle. À Londres, où la pièce était programmée au Barbican Centre en septembre, une pétition a obtenu 23 000 signatures et la campagne soutenue par des groupes antiracisme a débouché sur son annulation.

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Regarder les Noirs captifs droit dans les yeux

En France, John Mullen, enseignant et auteur de la pétition, s’emporte : "L’oeuvre utilise des corps noirs esthétisés, silencieux, dénudés, immobiles et éclairés de façon décorative afin de permettre à un Blanc de parler aux Blancs de leurs sentiments sur le racisme. Les spectateurs sont invités à regarder les Noirs captifs droit dans les yeux pour vivre un frisson de peur et de culpabilité. En revanche, l’opinion des populations multiethniques dans les quartiers des alentours n’a pas été demandée."

Brett Bailey, lui, entend "convoquer les atrocités commises en Afrique et interroger les politiques actuelles envers les immigrés africains en Europe". Le dépliant de présentation de Exhibit B souligne par ailleurs : "Ici, aucun objet n’instaure de distance entre celui qui contemple et celui qui est contemplé. C’est, en son principe, le regard posé sur l’altérité qui est réexaminé." Au-delà de la polémique qui s’annonce, l’artiste a déjà atteint son objectif : susciter un profond questionnement sur le regard que nous portons, tous, sur la différence.

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