Arabie saoudite : quand les femmes veulent « se débarrasser des hommes »

Saoudiennes dans un restaurant à Jeddah en 2010. © Hassan Ammar/AP/SIPA

Dans un nouveau clip aux allures féministes, l'artiste saoudien Majed el-Esa met en scène des femmes qui s'amusent en toute liberté dans les espaces publics. Son message : dénoncer les traditions archaïques entretenues par la société saoudienne à leur égard.

Il a dépassé la barre des deux millions de vues sur YouTube. Le dernier clip de Majed el-Esa, intitulé « Hwages » (Soucis), connaît un gros succès dans le monde arabe, du fait de la thématique sensible qu’il aborde. On y voit trois filles portant le niqab en train de danser ou de faire du skateboard pour dénoncer la condition des femmes dans leur pays.

« On veut se débarrasser des hommes. Ils nous ont rendues folles », chantent-elles dans ce tube provocateur, posté le 23 décembre sur le réseau social.

 

Elles font du roller, de la trottinette, jouent au basket-ball et surtout chantent leur mauvaise fortune dans une société ultraconservatrice qui leur interdit même de conduire. Face au regard réprobateur de deux hommes saoudiens, elles s’amusent comme des folles sur les bancs d’un parc et ensuite dans une fête foraine où elles jouent au bowling. Sur les quilles, on voit des têtes d’hommes tomber les unes après les autres.

La danse qui amuse et qui dérange

Majed el-Esa n’en est pas à son premier clip remettant en cause les traditions archaïques de la péninsule arabique. Son tube, « Barbs » (qui signifie « se lâcher » en dialecte saoudien), lancé début 2016 et qui a comptabilisé depuis 37,8 millions de vues sur YouTube, présente une nouvelle danse consistant à onduler le bassin à la manière des vers de terre sur une musique à la fois hip-hop et orientale. Cette danse, devenue virale parmi la jeunesse saoudienne, a suscité l’agacement des conservateurs qui l’ont décrite comme la preuve de « l’influence de l’occident ».

Les petits pas vers la liberté

Dans le royaume ultra-conservateur, la mixité dans les espaces publics reste un sujet tabou. Les femmes sont astreintes à porter une « abaya » qui les couvre de la tête aux pieds. Assujetties à l’autorité de leur mari ou de leurs parents masculins, elles n’ont pas accès aux libertés les plus élémentaires. Pour la première fois, le royaume wahhabite leur a permis de se présenter aux élections locales en août 2015. Une avancée importante sur le long chemin vers l’émancipation féminine qui a été applaudie par la communauté internationale.