RD Congo : ultimes tractations avant la conclusion d’un accord politique

Par AFP

Mgr Marcel Utembi, président de la Cenco, et l'abbé Donatien Nshole, porte-parole de la Cenco, lors d'une réunion le 30 décembre 2016 à Kinshasa. © Junior D.Kannah/AFP

La majorité et l'opposition étaient réunis samedi au siège de l'épiscopat congolais à Kinshasa pour finaliser un accord très attendu de sortie de la crise politique provoquée en République démocratique du Congo par le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila.

Ces négociations, débutées le 8 décembre et interrompues avant Noël faute d’entente, avaient repris vendredi dans la capitale congolaise Kinshasa, entre délégués des deux camps et sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). Cette ultime session, menée en commission à huis clos, a ouvert en début de matinée et se poursuivait après l’heure du déjeuner.

« L’accord est prêt, mais ce matin toutes les composantes sont venues avec de nouvelles exigences portant sur des détails à intégrer dans l’accord, ce qui retarde la cérémonie de signature », a expliqué samedi à l’AFP un des plus hauts responsables de la Cenco.

« Pour une virgule, ils discutent pendant une heure et ça peut durer jusqu’à ce soir », a-t-il ajouté.

« L’accouchement de l’accord se fera par césarienne », a estimé de son côté un des délégués de la majorité sous couvert d’anonymat.

« On sortira aujourd’hui avec un accord puisque nous voulons la paix dans le pays », a renchéri Joseph Olenghankoy, un des délégués du Rassemblement de l’opposition.

Vendredi soir, Mgr Marcel Utembi, président de la Cenco, avait martelé que les deux camps étaient « pratiquement arrivés à conclure un accord ».

Cet accord, selon lui, prévoit le maintien au pouvoir de M. Kabila jusqu’à l’élection d’un successeur élu lors d’un scrutin devant être organisé « fin 2017 » en même temps que les législatives nationales et provinciales.

En contre-partie, l’accord prévoit également la nomination d’un nouveau Premier ministre issu du Rassemblement, une coalition qui regroupe la majeure partie de l’opposition constituée autour de la figure d’Étienne Tshisekedi, opposant historique en RDC.

« Vivre un peu plus dignement »

Les discussions au siège de la Cenco réunissent huit représentants des signataires de l’accord d’octobre passé entre la majorité et une frange minoritaire de l’opposition autorisant M. Kabila à rester au pouvoir jusqu’à l’élection d’un successeur d’un côté, et de l’autre huit délégués du Rassemblement qui rejette cette entente.

La crise politique qui mine la RDC est provoquée par le maintien à la tête du pays du président Joseph Kabila dont le mandat a expiré le 20 décembre dans un climat de violences politiques et interethniques ayant fait, selon les Nations unies, au moins 40 morts dans tout le pays.

Âgé de 45 ans, M. Kabila est au pouvoir depuis 2001. La Constitution lui interdit de se représenter. La présidentielle qui aurait dû avoir lieu cette année a été reportée sine die.

Les 20 et 21 décembre, des heurts avaient opposé les forces de l’ordre à des jeunes entendant dénoncer le maintien au pouvoir du président Kabila. Dans son homélie de la nuit de Noël à la cathédrale Notre-Dame du Congo, le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, était revenu sur ces évènements tragiques: « Il est révolu le temps où l’on cherchait à conserver le pouvoir par les armes en tuant son peuple, ces jeunes qui ne réclament que leurs droits de vivre un peu plus dignement ».

« Celui qui respecte la Constitution n’a rien à craindre de la justice. Celui dont les droits sont bafoués se sent protégé par la même Constitution », avait-il ajouté.

État-continent de plus de 70 millions d’habitants, la RDC n’a jamais connu de transition pacifique du pouvoir depuis son indépendance de la Belgique en 1960. Ce pays a été ravagé entre 1996 et 2003 par deux guerres qui ont fait au moins trois millions de morts et sa partie orientale reste déchirée par de multiples conflits armés depuis plus de vingt ans.