Sanctions contre la colonisation : le Sénégal doit-il craindre les mesures de rétorsion israéliennes ?

Macky Sall à Paris en février 2015. © Bruno Levy pour JA

À l'issue d'un vote onusien contre les colonies israéliennes, initié entre autres par le Sénégal, Benyamin Netanyahu à convoqué son ambassadeur à Dakar et ordonné l'annulation de toutes les aides accordées au pays.

Rien ne va plus entre le Sénégal et Israël. Depuis la décision de Dakar d’appuyer le vote d’un texte par le Conseil de sécurité exhortant Israël à cesser toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est, les autorités israéliennes ont annoncé des mesures de rétorsion à l’encontre du pays de Macky Sall. 

Le vote de la discorde

Initialement proposé par l’Égypte, ce vote contre les colonies israéliennes devait intervenir jeudi 22 décembre, mais Le Caire a fait marche arrière au dernier moment suite à une communication téléphonique entre Abdel Fattah Al-Sissi et Donald Trump. Alors qu’il n’a pas encore pris ses fonctions, le président américain, fraîchement élu, avait appelé à un véto américain contre cette initiative. 

Le retournement égyptien n’a pas empêché d’autres pays de réactiver cette demande le lendemain et de demander à ce qu’elle soit votée par le Conseil de sécurité. C’est à l’initiative de la Nouvelle Zélande, de la Malaisie, du Venezuela et du Sénégal que le vote du 23 décembre a donc eu lieu. 

À l’issue de ce scrutin, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a annoncé le rappel immédiat de ses ambassadeurs au Sénégal et en Nouvelle-Zélande. Israël n’entretient aucune relation avec la Malaisie et le Venezuela.

Qualifiant ce vote de « honteux » et auquel « il ne se conformera pas », Netanyahu a également décidé d’annuler la visite du ministre sénégalais des Affaires étrangères à Tel-Aviv, programmée en janvier, et ordonné l’annulation de toutes les aides israéliennes au Sénégal.

Le rappel à l’ordre de Mimi Touré 

Le gouvernement sénégalais n’a pas encore réagi aux représailles israéliennes. Mais sur sa page Facebook, Aminata Touré, l’ancien Premier ministre, actuelle envoyée spéciale de Macky Sall, a déclaré dans des termes offensifs que « tout ce qui est demandé à Israël encore une fois, c’est de se conformer au droit international comme le font tous les pays civilisés » .

« L’État hébreux qui se croit depuis si longtemps au-dessus des lois internationales doit bien comprendre que le Sénégal ne l’a pas attendu pour résolument de s’engager dans la voie de son émergence et ne saurait être impressionné par les états d’âme de Netanyahou », ajoute Aminata Touré.

Le développement agricole en danger ?

Sur le plan économique, l’ire israélienne devrait être sans impact pour le Sénégal. En effet, Israël n’est ni un donateur important — l’OCDE ne comptabilise aucune aide publique au développement israélienne au Sénégal — ni un partenaire commercial de premier rang. Ceci dit, la représentation israélienne au Sénégal est l’une des seules en Afrique de l’Ouest avec Abidjan et Accra. La priorité dans les relations de partenariat avait été donnée au développement agricole.

Le projet de développement de 4 000 fermes au Sénégal était prévu de longue date, et encore rappelé récemment par son ambassadeur Paul Hirschon. Pas plus tard que le 8 décembre dernier, un accord de coopération dans l’agriculture, la gestion de l’eau et du foncier avait été signé entre les ministres de l’Agriculture de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et Mashav, l’agence israélienne d’aide à la coopération internationale. Sa signature était intervenue au terme du premier sommet ministériel du genre.

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