Maroc : pressé par le roi, Abdelilah Benkirane reprend ses négociations avec le RNI

Abdelilah Benkirane, chef du PJD, vainqueur des élections du 7 octobre 2016. © Paul Schemm/AP/SIPA

Le chef du gouvernement doit s'entretenir ce lundi avec Aziz Akhannouch pour le convaincre de participer à son gouvernement. Va-t-il pour autant lâcher l'Istiqlal ?

« Nous avons accueilli le message royal dans un esprit positif et responsable et nous invitons les partis politiques concernés à collaborer pour le réaliser ».

Ainsi s’est prononcé le Parti justice et développement (PJD), réuni en conseil national le samedi 24 décembre, quelques heures après l’entretien de son chef Abdelilah Benkirane avec deux conseillers royaux, Abdellatif Menouni et Omar Kabbaj. Ils étaient venus lui faire part « du souci de sa Majesté de voir le nouveau gouvernement se former dans les plus brefs délais ».

Pression de Mohammed VI

Le message royal a aussi été diffusé par les médias officiels. Objectif : véhiculer l’idée que le Palais ne cherche plus à s’impliquer directement dans la formation du gouvernement − longtemps menée dans les coulisses −, mais qu’en tant que garant du bon fonctionnement des institutions, le roi a toute la latitude pour intervenir.

Un tel message dit bien l’impatience de Mohammed VI face à l’attentisme du chef de gouvernement reconduit au pouvoir il y a trois mois. Le roi invite ainsi Abdelilah Benkirane à accélérer ses négociations, « tout en respectant ses attentes et celles de l’ensemble des Marocains au sujet de la formation du nouveau gouvernement ».

Dans son discours du 6 novembre, prononcé depuis Dakar, au Sénégal, Mohammed VI avait précisé que « la formation du prochain gouvernement ne doit pas être une affaire d’arithmétique, où il s’agit de satisfaire les desiderata de partis politiques et de constituer une majorité numérique, comme s’il était question de partager un butin électoral ».

Une rencontre avec Akhannouch

Pressé par le roi, Abdelilah Benkirane a annoncé la reprise de ses négociations avec l’homme fort du Rassemblement national des indépendants (RNI), Aziz Akhannouch. Selon un membre dirigeant du PJD, une rencontre est programmée, ce lundi 26 décembre, en fin d’après-midi, au domicile de Benkirane à Rabat.

Pour participer au gouvernement, Le RNI impose au PJD d’exclure le parti de l’Istiqlal, avec lequel le parti islamiste avait pourtant scellé un pacte lui ouvrant les portes de sa coalition.

Benkirane devra être plus souple

Désormais contraint à la conciliation, le chef du gouvernement devra entamer des négociations difficiles avec Aziz Akhannouch. Le pacte qu’il a scellé avec Hamid Chabat est de plus en plus perçu comme un handicap à la formation du gouvernement.

D’autant que le secrétaire général de l’Istiqlal est connu pour être « intempestif » et peu enclin à la solidarité en politique. « Il peut claquer la porte à tout moment comme il avait fait en 2013, lorsqu’il a quitté le gouvernement après une bagarre avec Benkirane où ils se sont traité de tous les noms », rappelle un expert politique. 

Autre élément qui devrait pousser Benkirane à être plus souple avec le RNI : il sait que nombre de ministres issus de ce parti politique ont des chantiers à finir, n’engageant pas seulement le Maroc mais l’Afrique dans son ensemble, à commencer par le ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch.

Artisan de l’expansion agricole du Maroc sur le continent, il est de tous les voyages royaux. « Un gouvernement sans lui serait une erreur stratégique », rappelle un fin connaisseur de ces négociations gouvernementales. 

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