Alcool au Maghreb : circulez, il n’y a rien à boire !

La consommation d'alcool au Maghreb a augmenté considérablement. © Laurent Parienty pour J.A.

Interdit partout ou presque en Afrique du Nord, réprouvé par la religion musulmane, l'alcool y a pourtant de nombreux (et discrets) adeptes. Analyse d'une véritable schizophrénie.

Ce 12 novembre, Tunis est sous les projecteurs. Et pour une fois, la politique n’a rien à voir là-dedans. Car c’est entre deux scrutins (les législatives et la présidentielle) que la marque de bière Heineken a décidé de fêter la capitale tunisienne, qui fait partie des cent villes dont le nom sera inscrit sur la célèbre bouteille verte pour une édition limitée. Tunis aux côtés de New York et Singapour… Le symbole du "développement international de la marque", indique le groupe basé en France. Un comble pour un pays qui interdit la vente d’alcool aux musulmans. Depuis plus de dix ans, la Tunisie est le premier consommateur d’alcool de l’Afrique du Nord, devant l’Algérie, le Maroc et l’Égypte. La fête a été somptueusement arrosée.

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Changement d’ambiance. Un quartier populaire de Casablanca, non loin de la médina, en début de soirée. Les lumières rouges sont tamisées, quelques tables et fauteuils meublent ce petit bistrot qui, avec un peu de musique, prend des airs de cabaret. Les clients, des hommes en majorité, descendent leur bière. Certains titubent. Une scène banale dans un débit de boissons… sauf qu’à Casablanca, comme partout ailleurs au Maroc, et comme en Tunisie, la vente d’alcool aux musulmans est passible de prison. Une situation ubuesque : du Caire à Rabat, en passant par Alger, Tunis, Nouakchott et Tripoli, boire de l’alcool est sinon interdit, du moins très mal vu.

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Pourtant, point de prohibition, et des peines de prison quasi inexistantes. Une hypocrisie politique et un tabou social qui conduisent à des comportements kafkaïens : dans les supérettes marocaines qui vendent de l’alcool, le ticket de caisse n’est pas imprimé, de peur qu’il ne serve de preuve en cas de contrôle ! Certes, le regain de ferveur religieuse a tendance à rendre la pratique honteuse, et donc à la marginaliser. Certes, la pression du législateur – en Algérie, par exemple – pousse de nombreux établissements à mettre la clé sous la porte. Mais les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’attestent : la consommation ne recule pas, elle augmente même parfois.

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Ainsi, en Égypte et en Tunisie, la moyenne annuelle a progressé respectivement de 10 et 20 centilitres d’alcool pur par habitant entre 2005 et 2010. La Société de fabrication des boissons de Tunisie (SFBT) est la première capitalisation boursière du pays, quand le Groupe des brasseries du Maroc constitue une valeur sûre de la Place casablancaise. Tchin ! Tout va bien, merci. Business is business, et la loi, religieuse ou étatique, n’a que peu de poids. L’alambic – terme issu de l’arabe al’inbïq – a encore de beaux jours devant lui.

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