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Jean-Joseph Boillot : « La crise de croissance du continent est salutaire »

par

Chercheur associé au Centre d’études prospectives et d'informations internationales (CEPII) à Paris, auteur de « Chindiafrique » et de « L’Afrique pour les nuls ».

Victoria Island, Lagos le 19 mai 2014. © Gwenn DUBOURTHOUMIEU pour Jeune Afrique

Oui, il y a un ralentissement de la croissance économique moyenne du continent, mais il faut faire attention aux grandes disparités que cache cette moyenne.

Ceux qui plongent, ce sont les pays fortement dépendants des matières premières, tels que le Nigeria, l’Angola et l’Afrique du Sud, alors que dans le même temps, d’autres États – l’Éthiopie, le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, le Mozambique ou encore la Côte d’Ivoire – affichent de bons taux de croissance, de plus de 5%.

Je trouve que cette crise est en fait salutaire : elle vient rappeler aux pays africains que l’émergence économique ne peut être basée uniquement sur les matières premières. Et elle montre les exemples à suivre des pays du continent qui résistent car ils ont su construire des institutions politiques, des infrastructures, et des économies diversifiées.

Les pays africains ne sont encore que des « postulants à l’émergence ».

Si la période d’émergence économique est déjà révolue pour la Chine, et que l’Inde est en train d’émerger, les pays africains ne sont encore que des « postulants à l’émergence ». Ce sont des « marchés frontières », au potentiel attractif, mais dont les infrastructures politiques, économiques et sociales doivent être consolidées.

Le développement économique n’est jamais linéaire. Après des phases d’euphorie, telle que celle vécue ces 10-15 dernières années en Afrique, il y a des crises. Mais ces crises sont porteuses de mutations positives. Il y a des signes qui montrent que des évolutions sont en marche.

D’abord, les systèmes politiques du continent sont en phase de maturation, avec l’émergence d’une société civile qui les bouscule : les mouvements contestataires dans les pays du Maghreb, au Mali et au Burkina Faso, au Sénégal, en Ethiopie mais aussi en RD Congo en sont les preuves.

Ensuite, il y a une multiplication des projets d’infrastructures sur le continent, que ce soit dans l’énergie, le BTP ou encore l’irrigation. Enfin, nous assistons à une révolution entrepreneuriale de la part des jeunes africains hyper-connectés, en phase avec la révolution numérique en cours.

Les relations Chine-Afrique et Inde-Afrique vont continuer à jouer un rôle majeur dans la transformation économique du continent.

Les relations Chine-Afrique et Inde-Afrique vont continuer à jouer un rôle majeur dans la transformation économique du continent. La Chine est à l’origine du boom des matières premières qui a fait que le continent africain a pu enfin vendre ses ressources naturelles à un prix décent, contrairement à ce qui se passait sur les périodes précédentes.

Et ce sont les groupes industriels chinois qui ont aussi permis à la consommation de croître, avec leurs produits de consommation accessibles au pouvoir d’achat des classes moyennes naissantes.

Quant au modèle indien d’innovation frugale « par les masses et pour les masses » – avec les systèmes de vente à l’unité ou par dosette et les coupons de recharge -, basé sur la petite industrie, il a été adopté très vite en Afrique. C’est grâce à l’exemple et l’émulation des groupes chinois et indiens, qui ont été les premiers asiatiques sur le continent, que les Coréens et Taïwanais sont présents et investissent de plus en plus pour produire des biens de consommation sur le continent. Et que les Japonais tentent d’y revenir. Ils ne veulent pas laisser aux Chinois les marchés de l’électroménager ou de l’automobile aux chinois.

Bientôt les relations entre le continent et les pays asiatiques seront moins basées sur la volonté d’accéder aux sous-sol africains, et viseront à capter les marchés africains de biens de consommation.

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