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Maroc : les manuels d’éducation islamique créent encore la controverse

Dans une salle de classe à Casablanca, au Maroc, le 22 octobre 2012. © Hassan Ouazzani pour Jeune Afrique

Malgré la vaste opération de révision lancée par le ministère de l'Éducation nationale, la refonte des programmes et des manuels d'éducation islamique fait encore parler d’elle. La mobilisation des professeurs de philosophie met à mal une réforme qui peine à convaincre depuis septembre 2016.

Cette semaine, l’Association marocaine des enseignants de philosophie (Amep) a protesté contre un chapitre d’un des manuels de la collection Al Manar qui, selon elle, incrimine cette discipline. Elle a ainsi organisé des sit-in les 21, 22 et 23 décembre durant les pauses de recréation pour discuter de la place de la philosophie dans l’éducation. Les élèves, les parents, et les membres de l’administration sont étaient conviés au débat.

L’association demande par ailleurs le retrait des manuels d’éducation islamique de la première année du cycle du baccalauréat. Elle dénonce un chapitre citant les paroles d’un savant musulman, Ibn Salah Achahzouri, qui disqualifie l’enseignement de la philosophie : « La philosophie est le comble l’insignifiance et de la dépravation. C’est la matière du trouble et de la déperdition. Quiconque recourt à la philosophie sera détourné des bienfaits de la Charia et de ses bons arguments. Quiconque s’en inspire sera possédé par Satan et son cœur ne croira plus à la prophétie de Mahomet. »

 

Extrait du chapitre "Foi et philosophie" contesté par l'AMEP/ sources AMEP © Extrait du chapitre « Foi et philosophie » contesté par l’AMEP/ sources AMEP

 

Il n’existe pas de sciences « halal » et « haram »

L’association pointe le caractère « dangereux » des manuels réformés.

« Le contenu du programme d’éducation islamique n’a rien de moderne. Il classifie les sciences légitimes et illégitimes, et disqualifie la réflexion philosophique. Mais il n’existe pas de sciences « halal » ou « haram ». Nous en dénonçons le caractère radical, et l’influence wahhabite», a fait savoir Abdelkarim Safir, secrétaire national de l’Amep.

Un Islam du juste milieu

Face à ces allégations, Fouad Chafiqi, directeur des programmes scolaires au sein du ministère de l’Éducation nationale, conteste l’immixtion de l’idéologie wahhabite dans les manuels d’éducation islamique. Interrogé au téléphone par Jeune Afrique, il dément aussi une ingérence étrangère dans l’élaboration des manuels et regrette que l’Amep n’adhère pas au projet pédagogique du ministère, lequel promeut « un Islam du juste milieu ».

Malgré la polémique qui perdure, le ministère refuse pour le moment de retirer ses manuels du programme d’éducation islamique.

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