Tunisie : reprise des auditions publiques de l’Instance vérité et dignité

Par Jeune Afrique

Démarrage de la première session des audiences publiques de l'Instance vérité et dignité, le 17 novembre 2016. © Capture d'écran/Instance vérité et dignité/YouTube

Après un premier volet riche en émotions, les séances d’auditions publiques organisées par l’Instance vérité et dignité (IVD) reprennent les 16 et 17 décembre.

Les « émeutes du pain », certains procès inéquitables ou encore des cas de corruption financière y seront cette fois-ci abordés à partir de 21h (heure locale) au centre urbain nord de Tunis.

Comme pour les premières séances des 17 et 18 novembre, elles seront diffusées en direct via plusieurs médias nationaux et internationaux.

Une date symbolique

Dix nouvelles victimes s’exprimeront publiquement sur les faits de torture commis lors des « émeutes du pain » (fin 1983 – début 1984) par exemple, qui ont entraîné la mort d’une centaine de Tunisiens manifestant contre la hausse du prix du pain et de la farine annoncée par le gouvernement.

Certains intervenants évoqueront aussi des exemples de procès inéquitables et de contrôles administratifs ayant conduit au suicide, et d’autres témoigneront de cas de corruption financière et de violations ayant marqué les événements post-révolution de 2011, a indiqué la présidente de l’IVD, Sihem Ben Sedrine, lors d’une conférence de presse le 15 décembre.

L’Instance, a-t-elle ajouté, prévoit de présenter au fur et à mesure différentes formes de violations commises à l’occasion de divers événements de l’histoire tunisienne, comme les incidents de Bab Souika (1991), la persécution des « Yousséfistes » sous Bourguiba, et l’affaire de la chevrotine à Siliana (2012). L’IVD examinerait par ailleurs la proposition de consacrer une séance d’audition aux syndicalistes.

Le choix de la date du 17 décembre est quant à lui symbolique. Celle-ci marque le sixième anniversaire de l’immolation par le feu du jeune vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, qui mourra de ses blessures le 5 janvier 2011. Un geste de colère et de désespoir à l’origine du soulèvement populaire qui a poussé le président Ben Ali à quitter le pouvoir, et le pays.

Des témoins et victimes menacés

Le choix des victimes s’est fait selon la période des violations subies, leur étendue et leur intensité, ainsi qu’en fonction de la capacité des personnes à s’exprimer en public, a précisé Sihem Ben Sedrine, rejetant l’éventualité de confrontations entre victimes et tortionnaires : « Le but des séances publiques est de réhabiliter la victime. La protection des tortionnaires relève également de la responsabilité de l’Instance. »

« Plusieurs témoins et victimes » ayant pris part aux premières audiences publiques de l’IVD « subissent des menaces », a-t-elle par ailleurs souligné, appelant les ministères de la Justice et de l’Intérieur à soutenir l’Instance dans la protection de ces personnes et à poursuivre en justice les auteurs de ces menaces pour garantir la réussite des mécanismes de la justice transitionnelle.

Les prochaines auditions ont été fixées au 14 janvier, date de la chute de Ben Ali.

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