Togo : le retournement de la Cedeao

Le président togolais Faure Gnassingbé à l'investiture de son homologue nigérian, Muhammadu Buhari, le 29 mai 2015 à Abuja. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Entre deux crises en Côte d'Ivoire, c'est au Togo que la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest va s'impliquer. Elle est d'abord très virulente à l'encontre de Faure Gnassingbé Eyadema, qui succède à son père, avant de reconnaître une élection très contestée.

À la suite du décès de son père, le 5 février 2005, Faure Gnassingbé, soutenu par l’armée, est nommé président du Togo. Dès le 6 février, la Cedeao envoie à Lomé une mission d’observation composée de son secrétaire exécutif, Mohamed Ibn Chambas, et de la ministre nigérienne des Affaires étrangères, Aïchatou Mindaoudou. Trois jours plus tard, une « session extraordinaire sur le Togo » se tient à Niamey en présence de neuf chefs d’État d’Afrique de l’Ouest. Ils exigent le respect de la Constitution et la « rétractation » de tous les actes posés depuis le 5 février.

Après avoir reçu le 15 février une délégation de la Cedeao, Faure Gnassingbé tergiverse et, fin février, la Cedeao prend des sanctions contre le Togo, notamment une interdiction complète aux pays membres de la Communauté de fourniture des armes au pays. Sous pression, Faure renonce alors à la présidence par interim et annonce une élection dans les 60 jours, à laquelle il se porte candidat.

Faure élu, dans la douleur

Mais le scrutin se passe mal, le 24 avril. Des violences éclatent à la suite de mouvements de foule dénonçant des vols d’urnes par l’armée. Plusieurs dizaines de morts et de blessés sont à déplorer. Le 26 avril 2005, Faure Gnassingbé Eyadema est tout de même déclaré vainqueur. Aussitôt, l’opposition dénonce des irrégularités et des affrontements entre partisans de l’opposition et forces de l’ordre éclatent. Le 3 mai, la Cour constitutionnelle confirme toutefois  les résultats de l’élection et Faure Gnassingbé prête serment le 4 mai.

La Cedeao se montre alors beaucoup moins virulente qu’en février. Elle avalise l’élection, estimant que les « anomalies et les incidents » enregistrés lors des opérations de vote ne remettaient pas en cause la « crédibilité » du scrutin. Le 6 mai, son secrétaire exécutif, Mohammed Ibn Chambas, demande « aux leaders politiques togolais d’utiliser les voies légales de recours existantes et d’user des voies du dialogue et de la concertation pour résoudre leurs différends ». C’est un désaveu cinglant pour l’opposition.

Sa frange « radicale », hurlant à la mascarade, refuse de participer au gouvernement d’union nationale proposé suite par Olusegun Obasanjo, président nigérian et président en exercice de l’Union africaine. Le 8 juin 2005, Edem Kodjo, président de la Convergence patriotique panafricaine (CPP, opposition modérée), est nommé Premier ministre.

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