Le Nigeria va lancer ses premières obligations vertes

Par Jeune Afrique

Les conséquences environnementales de l'extraction du pétrole ont été désastreuses pour le pays Ogoni, au Nigeria. © SAURABH DAS/AP/SIPA

Pour compléter ses besoins énormes de financement, le Nigeria espère lever 60 millions d'euros en émettant des green bonds, des obligations d'État destinées à financer des projets respectueux de l'environnement.

C’est un acte inédit pour la première économie d’Afrique, officiellement entrée en récession depuis le 1er septembre.

Les obligations vertes émises, comme leur nom l’indique, serviront uniquement à financer des projets respectueux de l’environnement, notamment dans les infrastructures.

La somme récoltée, équivalente à 20 milliards de nairas, doit permettre de soutenir des projets de développement durable, précise l’agence Bloomberg qui révèle l’information ce lundi 12 décembre. Elle permettra notamment d’investir dans les transports publics fonctionnant à l’électricité et dans la reforestation des zones arides du nord du pays.

« Nous sommes en bonne voie pour lancer cette première obligation souveraine au premier trimestre, et il pourrait y en avoir un autre d’ici à la fin de l’année », a de son côté assuré à la presse le 9 décembre la ministre nigériane de l’Environnement Amina J. Mohammed.

Confronté à la chute des cours du pétrole, le Nigeria a besoin de lever 6000 milliards de naira, soit l’équivalent de son budget annuel, pour résorber son déficit en infrastructures. Le gouvernement a déjà augmenté son budget 2016 de 20% afin d’investir dans la construction de ponts et de routes et ainsi stimuler une économie qui devrait se contracter de 1,7% cette année, selon le FMI.

Besoin de financement

Pour ce faire, le ministre des Finances a déjà annoncé que le Nigeria allait émettre son troisième eurobond (obligation internationale) en janvier 2017. « Le Trésor public ne peut pas obtenir tous les fonds dont nous avons besoin, constate cependant Amina Mohammed. C’est pourquoi nous devons actionner ces moyens innovants [l’obligation verte] pour obtenir des fonds de la communauté internationale ».

Parmi les infrastructures que ce green bond doit permettre de financer, la ministre cite notamment le nettoyage du pays Ogoni, très affecté par l’exploitation pétrolière, ou un projet de centrale électrique solaire dans le nord du pays d’une capacité de 1 200 MW. Le Nigeria ne dispose à l’heure actuelle que d’une capacité de 6 000 MW, loin derrière l’Afrique du Sud et ses 40 000 MW alors que sa population est trois fois moindre.

En septembre dernier, la France avait annoncé son intention d’émettre des green bonds en 2017, conformément au vœu de François Hollande en avril 2016 d’être le premier pays au monde à le faire. Sur le continent africain, les entreprises marocaines ont quant à elle multiplié les émissions d’obligations vertes auprès de la Banque mondiale, en amont de la COP22 qui se tenait du 7 au 18 novembre à Marrakech.

Après l’Agence marocaine pour les énergies renouvelables (Masen) qui avait bouclé une émission de green bonds de 100 millions d’euros, BMCE Bank of Africa est ainsi devenue la première banque marocaine à recourir à ce type de financement, à hauteur de 45 millions d’euros, début novembre. Deux jours plus tard, c’était au tour de sa concurrente, le groupe mutualiste marocain Banque populaire (BCP) d’annoncer le même type d’opération, pour un montant de 180 millions d’euros.