Présidentielle gabonaise : le rapport de l’UE dénonce des anomalies et préconise des réformes

Par Jeune Afrique

La police gabonaise procède à une arrestation à Libreville, en 2012. © Joel Bouopda Tatou/AP/SIPA

La mission d'observation électorale de l'Union européenne (MOE) présente lundi son rapport sur l'élection présidentielle gabonaise, dont Jeune Afrique a obtenu copie.

Le rapport de 65 pages que la MOE s’apprête à rendre public lundi 12 décembre maintient ses critiques quant au résultat de l’élection présidentielle contestée du 27 août, qu’elle estime toujours entachée d’irrégularités.

« Ces anomalies mettent en question l’intégrité du processus de consolidation des résultats et du résultat final de l’élection », indique le document, rédigé sur la base des rapports des observateurs de l’UE déployés à l’invitation du Gabon.

La Cour constitutionnelle mise en cause

Principale irrégularité pointée par la MOE : le score d’Ali Bongo Ondimba dans la province du Haut-Ogooué, fief de la famille Bongo, où le président sortant avait obtenu 95,47% des voix pour un taux de participation de 99,93%, selon les chiffres fournis par le ministère de l’Intérieur. Des résultats remis en cause par la mission, qui souligne que ceux-ci « ont inversé la tendance constatée par la mission sur la base des résultats annoncés par les gouverneurs des huit autres provinces du pays ».

La Cour constitutionnelle n’est pas épargnée par les critiques de l’UE. Fin septembre, l’instance avait validé la réélection du président sortant après le rejet des recours déposés par l’opposition, dont Jean Ping. La mission « regrette l’opacité dans laquelle la procédure contentieuse des résultats a eu lieu » et déplore que la confrontation des procès-verbaux n’ait « pas été autorisée ». « Le traitement du contentieux par la Cour n’a pas permis de rectifier les anomalies observées lors de la phase de consolidation des résultats », affirme ainsi le rapport.

Les principales recommandations

Conséquence de ces critiques, la mission d’observation dresse une liste de recommandations « en vue des prochaines échéances électorales ». Première prescription : « renforcer l’indépendance de la justice en supprimant le lien de subordination des magistrats à l’égard de l’exécutif ». Mais il faut aussi « assurer la transparence des actes du Ministère de l’intérieur, de la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP), de la Cour constitutionnelle et du Conseil national de la communication (CNC) », après que « l’accès aux médias publics et privés a été fortement déséquilibré en faveur du président sortant », ajoute la MOE.

Le rapport dénonce également les coupures et fortes restrictions d’Internet décidées après l’annonce des résultats provisoires. La mission recommande donc de « garantir l’accès non interrompu au réseau internet et aux réseaux sociaux y compris pendant la période électorale et postélectorale afin d’assurer l’exercice effectif de la liberté d’expression ».

« Nous allons prendre le temps d’étudier ces recommandations », a rapidement réagi le ministre gabonais des Affaires étrangères, Pacôme Moubelet-Boubeya (ministre de l’Intérieur pendant l’élection présidentielle), éludant les critiques du rapport.

« C’est moi, Jean Ping, qui suis le vainqueur de l’élection »

En dépit des critiques de la MOE, aucune demande de sanction n’est formulée dans le document, contrairement à ce qu’espérait un temps l’opposition. La MOE avait déjà prévenu que le document ne pouvait en contenir et se limiterait « à l’analyse du processus électoral ». En revanche, le rapport « peut servir comme un document de référence pour informer les relations et la coopération entre le pays hôte de la MOE et l’Union européenne », explique un communiqué de la mission.

« C’est un bon rapport, nous ne sommes pas déçus, pas pour l’instant », fait-on valoir au sein de l’équipe de Jean Ping, qui rencontrait cet après-midi les délégués de la mission européenne. Ce rapport « démontre de manière incontestable que c’est moi, Jean Ping, qui suis le vainqueur de l’élection présidentielle », a déclaré l’opposant après avoir pris connaissance du rapport. « Nous attendons de la communauté internationale qu’elle tire toutes les conséquences de ce rapport », a-t-il ajouté.

Plusieurs fois reportée, la présentation de ces conclusions doit avoir lieu lundi en début d’après-midi en présence de la cheffe de la mission d’observation, l’eurodéputée Mariya Gabriel. Ces derniers mois, les relations entre Libreville et les observateurs européens ont été émaillées de vives tensions. Ce que rappelle d’ailleurs la mission dans son rapport : « La MOE et ses membres ont fait l’objet de menaces, ainsi que d’une campagne visant à porter atteinte à sa crédibilité, dans les réseaux sociaux et dans une partie de la presse gabonaise proche des autorités ».