Mauritanie : Sektou Mint Mohamed Vall, auteure militante

Couverture du libre de Sektou Mint Mohamed Vall ©

Comme beaucoup de ses compatriotes, Sektou Mint Mohamed Vall est née sous une tente. Mais c’est en suivant son père, fonctionnaire de l’État, qu’elle se familiarise avec la mobilité, la lecture et l’envie d’écrire.

Selon les lieux où la famille se trouvait, elle passait le plus clair de son temps libre le week-end, pendant les vacances et les fêtes, dans les bibliothèques ou à se promener dans les archives et documents de la famille.

Elle se souvient qu’elle feuilletait alors régulièrement les numéros de Jeune Afrique, à travers lesquels elle découvrait le continent, et, surtout, des livres « de son âge », comme Les Mille et une Nuits, Blanche Neige et les Sept nains, puis Les Fleurs du Mal, de Baudelaire. « C’est là, confie-t-elle, que j’ai compris que le livre peut être un instrument pour transmettre un message et défendre des causes. »

Après des études supérieures en Suisse, elle milite au profit de la société civile et fonde l’ONG Ensemble contre la torture, qu’elle préside. Elle veut dénoncer « l’absurde » et « briser les huis clos ».

Un berger affranchi

C’est ce qu’elle fait dans son roman, Le Berger du Ksar el Barka, publié en 2015, où elle dresse le portrait d’une société aux « mœurs caduques ».

Après quelques piques contre le mariage que subit Dhouha, la narration se concentre sur Mimoun, un jeune berger znaga, poète, érudit, plein de charme et jouissant d’une cote certaine auprès de la gent féminine, qui découvre dans la bibliothèque de son école un exemplaire de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Une lecture qui bouleverse sa vie. Elle le pousse à sortir de la condition de servilité dans laquelle l’enfermait son héritage, à vouloir s’élever dans l’échelle sociale et contre les interdits. En cherchant à affranchir Mimoun d’El Ksar, Sektou Mint Mohamed Vall s’attaque aux archétypes d’une société encore tenue par les conservatismes.

 

Le Berger du Ksar el Barka (Éditions AlfAbarre, Paris, collection « Paroles nomades », 220 p., 2015)