Mauritanie : Aïchetou Mint Ahmedou ou la mécanique des mots

Portrait d'Aichetou Mint Ahmedou © Lee Gotemi pour JA

Professeure de sciences naturelles et directrice des études dans un collège de Nouakchott, comme nombre de ses compatriotes, Aïchetou Mint Ahmedou est une Bédouine devenue urbaine.

Née à Boutilimitt, surnommée « capitale culturelle » de la Mauritanie, elle est partie vivre à Nouakchott dans les années 1970 pour aller à l’école primaire et habiter chez son oncle, un certain Moktar Ould Daddah, alors chef de l’État. À la présidence, on parle français. Et pour cause, la première dame, Marie-Thérèse Ould Daddah – qui prendra le prénom de Marième -, est Française.

Aïchetou y dévore romans, contes et BD. Elle s’amuse à imaginer des histoires, tout en rêvant de faire de la mécanique et d’ouvrir un garage. Elle passe son bac série C (mathématiques) et poursuit ses études scientifiques à Nouakchott. Toutefois, pour s’évader, c’est la poésie qu’elle choisit.

Elle griffonne, « crée des monstres », mais déchire ses premiers textes. « J’avais peur, ou honte, qu’on découvre mes sentiments », dit-elle. Aujourd’hui encore, malgré la maturité, son écriture ne livre que du convenable : « Je n’oublie pas d’où je viens… »

Portrait de la société maure

En poésie comme en prose, son écriture délicate oscille de la description à la critique, de la moquerie à la volonté de sensibiliser, en dépeignant la société maure : le mariage (forcé ou arrangé), le divorce, les enfants de familles recomposées, les relents machistes, le harcèlement sexuel…

Des réflexions que l’on retrouve dans son premier roman, La Couleur du vent, publié fin 2014 : une chronique de la société maure en pleine mutation à travers l’histoire d’une famille de la moyenne aristocratie, au milieu des années 1980.

La Couleur du vent (Éditions 15/21, Nouakchott, déc. 2014)