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Forum de Dakar : les armées africaines jugées sous-équipées face aux jihadistes

Par Jeune Afrique avec AFP

Des soldats guinéens montent la garde à Conakry en décembre 2009. © REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA

Les responsables politiques et militaires qui se sont réunis lundi et mardi au forum sur la sécurité à Dakar ont insisté sur le manque d'équipement des armées africaines, face notamment à la menace jihadiste.

« La vérité, c’est que dans la plupart de nos pays, nos armées ne sont pas au point », a résumé ce lundi 5 décembre le président sénégalais Macky Sall, durant l’ouverture de la troisième édition du forum.

En face, « les terroristes ne sont pas des enfants de chœur », a-t-il insisté. « Ils sont bien organisés. Ils disposent de moyens, de modes d’action des plus rudimentaires aux plus sophistiqués pour exécuter leurs basses besognes. »

Pour le chef de l’État sénégalais, la défense, parent pauvre des budgets africains, a payé le prix fort ces dernières années, lors des ajustements imposés aux économies africaines en faillite ou surendettées.

« Il ne suffit pas de former »

Pour Théodore Naba Palé, le chef d’état-major adjoint de l’armée burkinabè, les armées africaines ont besoin de véhicules légers, d’hélicoptères, d’avions, de centres d’entraînement adaptés ainsi que de forces spéciales, dans des casernes mieux protégées.

Or, pour l’heure ces moyens sont essentiellement internationaux. « Il ne suffit pas de former. Si on sort un bataillon après formation et qu’il n’a pas d’équipement, l’effort de formation lui-même devient caduc », a insisté de son côté le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Il a par ailleurs indiqué que la France avait formé quelque 20 000 soldats africains au cours de l’année 2016 notamment depuis ses bases militaires de Dakar et Abidjan.

Actuellement, les pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger) bénéficient des drones et avions de reconnaissance de la force française Barkhane (4000 hommes). La France compte également déployer des drones tactiques au début 2017 pour aider à la surveillance des bandes armées dans le cadre de l’opération de maintien de la paix en Centrafrique (la Minusca).

De son côté, l’Union européenne (UE) doit mettre en place un programme d’équipements d’ici au sommet UE-Afrique de la fin 2017 à Abidjan.

Un ennemi imprévisible

Le colonel major Théodore Naba Palé juge par ailleurs essentiel de moderniser des chaînes de commandement et des équipements trop axés sur le combat conventionnel.

« Les structures de commandement doivent être animées par des personnes bien formées et expérimentées capables de mener des planifications réalistes, d’organiser une formation et un entraînement adaptés aux besoins et d’effectuer la mise à jour permanente des connaissances », souligne le chef d’État-major adjoint de l’armée burkinabè.

L’Afrique des grands espaces ouverts est passée aux oubliettes.

Selon lui, les forces de sécurité doivent rehausser leur niveau de protection et leur capacité de réaction face à un ennemi imprévisible qui exploite toutes leurs vulnérabilités. « L’Afrique des grands espaces ouverts est passée aux oubliettes », relève-t-il.

« Au Mali, les groupes terroristes profitent du cadre désertique et montagneux. Face à ces groupes qui s’adaptent aux armées, aux géographies et aux populations, il faut multiplier les forces ‘couteaux suisses’ « , confirme Frédéric Encel, chercheur à Sciences-Po Paris.

Des besoins criants

Le besoin est aujourd’hui d’autant plus criant que la menace jihadiste a fortement augmenté, notamment en Afrique de l’Ouest, frappée par plusieurs attentats meurtriers à Bamako, Grand-Bassam ou Ouagadougou.

Au Mali, la Minusma est devenue l’opération de maintien de la paix de l’ONU la plus périlleuse, depuis la Somalie en 1993-1995. Or les États du continent y contribuent grandement. Pour l’heure, elle a coûté la vie à plus de 83 Casques bleus en moins de trois ans, en grande majorité des soldats africains.