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RDC : Kinshasa dit avoir engagé une ex-élue du Congrès américain… qui dément

Par Jeune Afrique avec AFP

Joseph Kabila, le président de la RDC, le 4 août 2014 à Washington. © J. Scott Applewhite/AP/SIPA

Le gouvernement congolais a indiqué jeudi avoir engagé Cynthia McKinney, une ancienne parlementaire américaine, pour faire du "lobbying" en sa faveur à Washington. À trois semaines de la fin du mandat du président Joseph Kabila, celui-ci entendrait ainsi réagir aux pressions renforcées de l'administration Obama sur les proches du régime. Seul problème : l'intéressée dément formellement !

Le gouvernement congolais « a engagé l’ancienne parlementaire Cynthia McKinney pour améliorer l’image de marque du pays, écornée et malmenée par [l’opposant Moïse] Katumbi et l’administration Obama », a déclaré le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende.

« Katumbi paie des millions pour salir l’image du pays aux USA, nous avons négocié avec elle à Paris en octobre dernier, un prix du tiers-monde [de] quelques centaines de milliers de dollars, en vue de renverser cette tendance », a ajouté Lambert Mende.

Un contrat de 448 000 dollars ?

« En toute transparence [et] en exécution de ses obligations », le gouvernement congolais « a payé » cette ancienne élue démocrate, a ajouté Lambert Mende. Selon un document que s’est procuré l’AFP, un premier versement de 368 000 USD sur un montant total convenu de 448 000 dollars est évoqué. Mais Cynthia McKinney, qui n’avait pu être jointe jeudi pour confirmer ce contrat avec le gouvernement congolais, a démenti cette information vendredi par communiqué de presse.

« (…) Des Congolais sont venus me voir espérant que je pourrais à nouveau contribuer à rendre publiques des informations majeures sur la RDC. J’ai donné mon accord de principe pour cette action mais j’ai été surprise d’apprendre, dans un document diffusé sur internet et visant manifestement à nuire à ma réputation, que j’étais prête à faire du lobbying en faveur du gouvernement congolais alors que je n’ai jamais eu d’atomes crochus avec le régime de Kinshasa. »

Je rassure tous les Congolais sur le fait que je n’ai touché aucun centime du gouvernement de Kinshasa

« (…) Je ne peux pas tolérer que mon nom soit associé à des basses manœuvres politiciennes qui visent à défendre le régime de Kinshasa ou à spolier le peuple congolais qui souffre depuis plus de soixante ans de violence et d’injustice. Je rassure tous les Congolais sur le fait que je n’ai touché aucun centime du gouvernement de Kinshasa et que je n’ai jamais touché un centime pour tout ce que j’ai fait jusqu’ici pour la République démocratique du Congo. Je vais soumettre cette affaire à mon avocat pour savoir quelle suite lui donner », conclut-elle.

Parole contre parole 

Contacté par Jeune Afrique vendredi soir, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende a de nouveau confirmé qu’il avait rencontré Cynthia McKinney « en octobre à Paris dans le cadre de ses attributions de porte-parole ». Il dit par ailleurs avoir « négocié pied-à-pied avec Mme McKinney », puis avoir demandé au « ministère des Finances (congolais, NDLR) de débloquer l’argent ». Une information que la principale intéressée dément pourtant dans le communiqué diffusé vendredi 1er décembre. Alors qui croire ?

« Ni elle, ni moi ne mentent. Mme McKinney est une personne ressource qui a travaillé pour Joseph Kabila et en qui nous avons confiance », a détaillé Lambert Mende à Jeune Afrique, tout en précisant toutefois que pour l’instant Mme McKinney n’avait pas encore reçu d’argent pour la mission proposée.

Si Jeune Afrique n’a pour le moment pas réussi à joindre l’ex-élue du Congrès américain, Lambert Mende dit « avoir discuté avec elle ce soir », assurant qu’elle avait « diffusé un second communiqué » pour clarifier la situation. Un document que la rédaction de Jeune Afrique n’a toutefois pas reçu, ou du moins pas encore, et dont aucune trace n’existe sur les réseaux sociaux.

Africaine-Américaine, Mme McKinney a exercé six mandats à la chambre des Représentants à partir de 1993 avant de passer au Parti vert (Green Party) après s’être opposée à la guerre américaine contre l’Irak en 2003. Candidate à la présidentielle de 2008 en tant que présidente de ce parti, elle avait recueilli 0,12% des suffrages sur son nom.

Relations exécrables entre Washington et Kinshasa 

Les relations entre les États-Unis et la RDC sont très détériorées. Dernier exemple en date de cette situation : devant une commission de la Chambre des représentants, le représentant spécial de Barack Obama pour les Grands Lacs, Tom Periello, a rejeté l’entière responsabilité de la crise congolaise sur Joseph Kabila et son gouvernement.

Mi-novembre, des élus démocrates et républicains avaient par ailleurs demandé au gouvernement américain d’intensifier ses sanctions financières visant certains hauts dirigeants congolais accusés par les États-Unis de nombreuses violations des droits de l’Homme.

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