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Algérie : le dernier hommage du peuple d’Alger au maître du chaâbi Amar Ezzahi

Par - à Alger

Amar Ezzahi, dans les années 80. © Artiste-mondiale/CC-BY-SA 2.0

Des ruelles cabossées au cimetière de la Casbah d'Alger, ils étaient des centaines à rendre ce jeudi un dernier hommage à Amar Ezzahi, l'un des derniers grands maîtres de la musique populaire algéroise.

Parti de son domicile, situé en contrebas de la vieille ville, le cercueil du célèbre chanteur de chaâbi, enveloppé dans un drapeau algérien, a été accueilli sous les applaudissements par une haie d’honneur jusqu’au cimetière El-Kettar. Pour l’occasion, la route avait été fermée à la circulation par un dispositif policier déployé sur les hauteurs de la Casbah.

Bien que sa dernière apparition sur scène remonte à la fin des années 1980, à Alger, personne n’a oublié cette figure emblématique du chaâbi, qui a démarré sa carrière à la fin des années 1960.

Dans la foule venue saluer sa dépouille, des hommes exclusivement, de différentes générations et originaires de plusieurs quartiers de la capitale algérienne. « Tout Alger s’est déplacé pour lui », lance Mohamed Djilali, un « fan de la première heure » qui vit à Dar El Beida, à l’est d’Alger. Sur les balcons des immeubles jouxtant le cimetière, des femmes, qui ont elles aussi tenu à dire adieu au monstre de la chanson algéroise, font une timide apparition.

« Il était unique ! »

Assis sur une pile de parpaings, devant le portail du cimetière, un habitant de la Casbah vêtu d’un polo rayé s’effondre en larmes. « C’est un jour triste pour la musique algérienne », lâche-t-il. À ses côtés, un voisin d’Amar Ezzahi compare sa voix à celle de la prêtresse égyptienne Oum Khaltoum. « Sa voix était si puissante qu’il chantait loin du micro. Elle rend fou tous ceux qui l’écoutent. Il arrivait même que certains quittent la salle des fêtes dès les premières notes de musique, tellement ils étaient éblouis par sa voix », se souvient Dris, 59 ans, habillé d’un élégant costume gris. « Il était aussi capable d’improviser sur une chanson comme personne d’autre. Il était unique ! »

Dans un état critique, Amar Ezzahi devait être hospitalisé dans un établissement à l’étranger, d’après un message publié par le ministre de la Culture Azzedine Mihoubi. Il s’est finalement éteint mercredi à l’âge de 75 ans. Le joueur de mandoline a été inhumé cet après-midi aux côtés d’illustres autres chanteurs de chaâbi, El Hadj M’Hamed El Anka et Boudjemâa El Ankis. La cérémonie, qui a duré environ une heure, s’est déroulée en présence de sa famille, du ministre de la Culture et de quelques personnalités.

Un artiste au grand cœur

Né dans un village kabyle, près de Tizi Ouzou, Amar Ezzahi, Amar Aït Zaï de son vrai nom, a passé l’essentiel de sa vie à la Casbah d’Alger. Alors, aux abords du cimetière, chacun y va de son anecdote. « Il est mort comme il a vécu, en homme modeste et populaire », lance Farouk, 45 ans. « Amar a été sollicité plusieurs fois par les institutions mais il a toujours refusé de faire partie de la haute classe. Il n’a jamais oublié d’où il venait », rappelle cet habitant de la Casbah, habillé d’un béret et d’une veste en jean.

Plus loin, rassemblés en groupe, quelques-uns de ses voisins se souviennent de lui comme d’un « homme d’une extrême générosité ». « Il était du genre à régler la note de tout le monde au café El Kawakib, sans prévenir. Il faisait la même chose aussi au hammam », sourit Omar, 61 ans. « Une fois, il avait arrêté un garçon qui faisait les cent pas dans le café en lui demandait ce qui lui prenait. Le garçon était orphelin de père et n’osait pas lui demander de chanter à sa fête de circoncision. Amar avait naturellement accepté, sans demander d’argent. Il était comme ça. »

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