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Et si les pays d’Afrique devenaient un modèle de développement ?

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Gilles Marchal a d’abord géré des projets urbains pour l’Agence Française de Développement (AFD) en Centrafrique, avant de revenir en France à des postes de direction dans d’importantes sociétés de gestion de l’eau et de la propreté urbaine. Il est à l’origine de la création d’E3D-Environnement en 2009.

Télécoms et Smartphones à Dakar, 29 mai 2015. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Chacun connaît les répercussions sur la planète de notre modèle économique actuel : épuisement des ressources naturelles, extinction des espèces animales, mouvements de populations incontrôlables...

Pour endiguer ce phénomène, des leaders d’opinion (comme Al Gore, Pierre Rabhi, Michel Serres, pour ne citer qu’eux) parlent de la nécessité de changer nos comportements. Ils nous invitent à évoluer vers un nouvel équilibre, davantage tourné vers notre intérêt collectif. Et cette vision inspire : les jardins partagés fleurissent dans les quartiers, les covoiturages Blablacar font le plein…

Mais comment donner une dimension généralisée à cette dynamique individuelle ? Chez E3D-Environnement, nous sommes spécialistes des changements de comportements à grande échelle. En collaborant avec les collectivités, nous offrons un coaching personnalisé à chaque habitant pour qu’il adopte de nouvelles habitudes, plus éco-responsables. Cette solution rend un service unique aux citoyens : vivre en fonction de ses convictions, en préservant son environnement et en se redonnant du temps pour s’épanouir dans un monde de qualité.

Aujourd’hui, nous accompagnons 120 000 citoyens en Europe avec des résultats probants ! En à peine 9 mois, 16 000 habitants de 4 villes européennes (Varsovie – Pologne -, Gand – Belgique -, L’Alcudia – Espagne – et Cefalù – Italie) ont réduit la facture d’énergie de 3,4% et atteindront l’objectif de 10% en deux ans. À Aix-en-Provence, un quartier a enregistré -8% de consommation d’eau. À Cannes, on a observé -50% de déchets jetés dans la rue après notre opération en 2015. Des exemples concrets et reproductibles dans des contextes très variés, notamment sur le continent africain.

En présentant notre innovation à la Cop 22 à Marrakech, nous avons ouvert le dialogue avec les pays africains. Un Roi de villages camerounais nous a dit : « C’est bien ce que vous faites ! On en a besoin pour que nos jeunes aient envie de rester chez nous. J’ai le projet d’aménager des villages avec des ressources locales pour préserver notre environnement. Mais comment faire accepter ce changement à notre population qui pense que le modèle à suivre est celui de la France ou des Etats-Unis ? »

Ayant vécu en Afrique (Dakar, Bujumbura, Bangui, Tiassalé…), j’ai compris ce qu’il voulait dire. En s’identifiant au seul modèle économique de référence, véhiculé par les médias de masse, ces populations oublient ce qui rend leur culture unique et précieuse : pouvoir se saluer simplement entre voisins, s’entre-aider, multiplier les occasions de chanter et danser ensemble, préserver leur environnement proche de la nature…

Mettre les techniques en sciences comportementales et le téléphone comme relais de communication de proximité.

Alors comment profiter de cette richesse culturelle pour construire les bases d’un nouveau modèle de développement économique, respectueux des aspirations des populations et de l’environnement ?

L’accompagnement des populations peut être une des clés pour construire une société plus éco-responsable. Aujourd’hui, les grandes villes africaines voient un afflux de population déferler. Et si les habitants ne sont pas aidés pour adapter leur mode de vie, de consommation aux infrastructures en place et à venir, le développement des villes ne sera pas maîtrisé…

Employons la technologie au service de l’humain ! En utilisant les techniques en sciences comportementales et le téléphone comme relais de communication de proximité, nous pouvons œuvrer en faveur de l’intérêt individuel et collectif. La population peut ainsi agir et adopter peu à peu des pratiques quotidiennes en phase avec un projet commun désirable et désiré, un développement plus écoresponsable. Par ses propres actions, chaque individu contribue à faire évoluer sa communauté, et peut se sentir fier et heureux chez lui. Cette dynamique collective vertueuse engendre le développement d’activités économiques et sociales, utiles à la communauté. Les villes et villages peuvent, dès lors, se concentrer vers un aménagement raisonné, favorable à l’environnement, offrant meilleurs confort et hygiène de vie à leur population.

Dans de nombreux pays, les infrastructures (déplacements, énergies…) sont encore absentes et laissent la place à un développement différent : moins coûteux, privilégiant l’action collective, les modes de transports doux, un usage de l’eau plus raisonné, une production d’énergie locale…

Que d’images inspirantes pour notre futur ! Des villes et villages exemplaires, du Maghreb à l’Afrique du Sud, où les technologies seront mises au service d’une qualité de vie authentique et humaine. Et qui pourront servir, pourquoi pas, de modèle aux pays du Nord…

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