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Gambie : fin de campagne électorale pour pro et anti-Jammeh à Banjul

Par - envoyé spécial

Yahya Jammeh en meeting le 28 novembre à Sukuta, près de Banjul. © Benjamin Roger/Jeune Afrique

Lundi soir, quelques heures avant la fin de la campagne électorale pour la présidentielle du 1er décembre, Yahya Jammeh et Adama Barrow, le président sortant et le candidat de l'opposition, tenaient chacun des meetings nocturnes près de Banjul.

La bouche scotchée sur son vieux mégaphone, le chauffeur de foule se démène pour égayer l’ambiance. « If you want Jammeh say yeah ! » (« Si vous voulez Jammeh dites oui ! »), hurle-t-il aux milliers de militants présents ce lundi 28 novembre au soir sur un terrain vague de Sukuta, un faubourg résidentiel aisé de Banjul. Vers 22h30, alors que la clameur monte, apparaît soudain Yahya Jammeh, tout sourire dans son inséparable boubou blanc.

Multipliant les poignées de main et les poses avec les enfants qui l’acclament, voire l’agrippent, le président ne boude visiblement pas son plaisir. Il passe de petit groupe en petit groupe et se laisse approcher sans problème, sous l’œil concentré de ses gardes du corps, prêts à bondir à la moindre alerte. Son bain de foule terminé, Jammeh rejoint la tribune principale aux couleurs verte et blanche de son parti, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la reconstruction (APRC), pour le début d’un de ses derniers meetings avant la fin de la campagne électorale, ce mardi à minuit.

Benjamin Roger/Jeune Afrique

Yahya Jammeh en meeting le 28 novembre à Sukuta, près de Banjul. © Benjamin Roger/Jeune Afrique

Bouffée d’air démocratique

À l’écouter, le chef de l’État, candidat à un cinquième mandat présidentiel au scrutin du 1er décembre, ne serait pourtant pas en campagne. « Vous m’avez vu appeler les gens à voter pour moi ?, demande-t-il devant quelques journalistes internationaux. Je travaille pour le pays et pour éviter toute violence. » Et de continuer : « J’ai fait passé la Gambie de l’âge de pierre à un pays moderne. Chaque Gambien peut aller à l’université et chaque femme enceinte bénéficie de soins médicaux gratuits. Autant de choses qui ne sont pas toujours visibles en Afrique, et même au Royaume-Uni. Nous avons instauré l’éducation primaire et secondaire gratuite, et en 2018, nous aurons l’université gratuite. Aujourd’hui, aucun Gambien ne doit marcher plus de 25 km pour atteindre un centre de santé. Alors pourquoi pensez-vous que les Gambiens ne devraient pas voter pour moi ? »

Dans la foule, tous ou presque portent des tee-shirts, écharpes ou casquettes à l’effigie du patron. « Nous sommes là pour soutenir le président. Il a beaucoup fait pour la Gambie : il a construit des routes, des hôpitaux, des écoles… Nous souhaitons qu’il continue, peu importe le reste », affirme Mafugi, maçon de 44 ans. Plus loin, Cumba, la trentaine, n’a connu que Jammeh comme président mais souhaite aussi qu’il se maintienne au pouvoir. « Nous sommes fiers de lui, c’est un vrai modèle panafricain. Et contrairement à ce que certains disent, nous sommes en démocratie, tout le monde peut s’exprimer librement en Gambie. »

Difficile de contredire cette jeune femme, en tout cas en cette période de campagne électorale. S’ils peuvent être arrêtés et jetés en prison quand ils se montrent trop critiques avec le régime en temps « normal », les opposants profitent actuellement d’une bouffée d’air démocratique à l’approche des élections. Depuis quelques semaines, ils sont libres d’organiser des marches et des manifestations à travers le pays : on est bien loin de la vague de répression du mois d’avril, durant laquelle Solo Sandeng, un cadre du Parti démocratique unifié (UDP), a trouvé la mort en détention, et Ousainou Darboe, le  leader historique de l’opposition, a été arrêté et condamné à trois ans de prison.

« La Gambie est prête pour le changement »

Benjamin Roger/Jeune Afrique

Adama Barrow (en bleu), candidat de la coalition de l'opposition, le 28 novembre à Bundung, près de Banjul. © Benjamin Roger/Jeune Afrique

Lundi soir, Adama Barrow, candidat de la coalition de l’opposition et principal challenger de Jammeh, tenait de son côté un meeting à Bundung, à seulement quelques kilomètres du rassemblement de l’APRC. Sur place, les militants ne se privent pas pour dire tout le mal qu’ils pensent du maître de Banjul, au pouvoir depuis 1994. « Les gens sont fatigués mais ils n’ont plus peur. La Gambie est prête au changement. Le 1er décembre, nous allons en terminer avec la dictature de Jammeh et nous serons enfin en démocratie », s’exclame Souaibou, étudiant et tee-shirt de l’opposition sur les épaules.

Comme ses camarades, il affirme n’avoir jamais vu une telle mobilisation populaire contre le régime et se dit convaincu de l’emporter dans les urnes jeudi prochain. Pour la première fois  depuis de longues années, les différents partis d’opposition sont en effet unis derrière un seul candidat. Cela suffira-t-il pour remporter l’élection ? Rien n’est moins sûr.

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