Fermer

Tunisie : la capitale retient son souffle à la veille de la conférence Tunisia 2020

Par - à Tunis

La place de la Victoire, à Tunis. © م ض/CC/Wikimedia Commons

À la veille de la conférence internationale sur l'investissement - qui compte lever plus de 67 milliards de dinars (près de 27,5 milliards d'euros) pour financer 64 projets publics, 34 projets en partenariat public privé (PPP) et 44 projets privés pour remettre la Tunisie sur orbite économique -, Tunis met la dernière touche aux préparatifs d’un événement qui mobilisera toute la ville les 29 et 30 novembre.

Les usagers des transports ne sont pas contents. Plusieurs artères interdites de circulation vont compliquer le trafic dans une capitale qui souffre d’engorgements mais qui a fait peau neuve avec des rues propres, des trottoirs repeints et la mise en place discrète d’agents de sécurité.

Entre espoirs et inquiétudes

« Au moins ça de gagné. Il paraît que 1700 personnes seront au Palais des Congrès, à coup sûr cela donnera à la Tunisie une certaine visibilité et les commerces pourraient aussi en profiter » remarque un chauffeur de taxi qui espère que la manifestation lui apportera un surplus de clientèle. Mais comme lui, beaucoup ignorent la teneur et la finalité de cette rencontre.

« On a compris qu’il s’agit de finances, que cela concerne l’État qui a besoin de soutien mais on ignore tout des mécanismes et des conséquences sur notre pouvoir d’achat », s’inquiète Sarra, une préposée de banque, tandis que l’une de ses amies espère que les engagements des investisseurs internationaux seront réels. « Autrement nous courrons à la catastrophe ».

Pourtant certains s’opposent à la tenue de cette conférence ; Hizb Ettahrir, parti islamiste radical, l’a fait savoir en placardant des pamphlets dans le quartier Lafayette, dans lesquels il fustige le capital et le gouvernement. De toute évidence, ses chefs ne sont pas conviés comme les principaux leaders politiques au démarrage de Tunisia 2020, où le Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, émir du Qatar, Abdelmalek Sellal, Premier ministre algérien, et Manuel Valls, Premier Ministre français, accompagnés d’un aréopage d’hommes d’affaires, affirmeront aux côtés du président tunisien, Béji Caïd Essebsi, le soutien de leurs pays à la Tunisie.

Plus que des paroles…

Rien n’a filtré quant aux engagements pris, mais des annonces importantes seront faites. Il est question de la création d’une zone de libre-échange avec l’Algérie et d’importants contrats avec la France. Un peu désabusé, un buraliste préfère attendre de voir. « Cela me rappelle le 14 janvier 2012 ; ils étaient tous là pour aider la Tunisie mais au final ce n’était que des paroles. Mais aujourd’hui on est tous d’accord et conscients que la Tunisie a besoin d’investissements ; il n’y a plus de politique qui joue ; l’économie a pris le pas. »

Il risque d’être surpris ; la donne politique a changé, les équilibres régionaux aussi et la Tunisie a quand même mis en place sa transition et initié ses réformes ; suffisamment pour pouvoir au moins négocier les satisfecit que lui octroie volontiers la scène internationale.

Le pays, qui ne cache pas se trouver confronté à une crise de confiance, est témoin d’un sursaut, et non des moindres. Le 25 novembre, une vingtaine de capitaines d’industrie tunisiens ont présenté à Béji Caïd Essebsi les projets qu’ils vont réaliser dans les régions, avec 50 000 emplois à la clé. Un effort louable et nécessaire qui, seul, reste insuffisant. « Il faut revoir notre administration et assouplir les procédures » précise l’un des dirigeants de Hélios, une société d’innovation  industrielle (SII) tunisienne qui opère en Afrique. Il participe justement à la Conférence pour nouer de nouveaux contacts et sensibiliser sur la question.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici