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Trois principes clés de Daesh battus en brèche par les oulémas du Maroc

Une manifestation pro-État islamique à Mossoul le 16 juin 2014. © STR/AP/SIPA

La Rabita Mohammadia des oulémas du Maroc, un think thank religieux placée sous la tutelle du roi du Maroc, a rendu publique mardi 22 novembre une série de travaux académiques qui déconstruisent le discours de Daesh sur le califat et "l’État islamique".

Pour la première fois, des théologiens arabes battent en brèche les bases coraniques que les prêcheurs de la haine utilisent pour semer la terreur dans le monde. Sept cahiers scientifiques ont été publiés, mardi 22 novembre, sur le site web de la Rabita. Un travail extrêmement fourni, riche en références religieuses et dont Jeune Afrique a récapitulé les trois principales conclusions.

1/ Le jihad ne signifie pas la guerre

Le jihad est l’un des aspects les plus mal compris et les plus déformés de l’islam, souvent associé au massacre et au terrorisme. Or, une lecture attentive des textes montre que le jihad ne signifie pas forcément la guerre.

« Le plus grand jihad est un combat individuel vis-à-vis de soi-même pour s’ouvrir au monde et élargir ses connaissances », précisent les oulémas.

Autre notion déconstruite, le jihad dans son sens guerrier, qui ne peut être décrété que lorsque les musulmans se sentent attaqués. De la guerre de Badr (l’an 624 après J.C) à celle d’Al-Ahzab (627 ap J.C) en passant par celle d’Ouhoud (l’an 625 ap J.C), tous les combats menés par le prophète Mahomet étaient dictés par un impératif de défense et n’ont jamais visé des populations pacifistes, selon la Rabita.

Sa doctrine : Ne jamais commencer les hostilités, combattre seulement ceux qui combattent et œuvrer le plus possible pour la paix. « Et s’ils inclinent à la paix, inclines-toi vers celle-ci (prophète) et place ta confiance en Allah, car c’est Lui l’Audient, l’Omniscient », souligne le verset 61 de la sourate « Al Anfal ».

Pour justifier ses massacres, Daesh avance qu’elle est en guerre contre les mécréants (les non musulmans). « Argument fallacieux », selon les oulémas du Maroc car « il n’y a point de contrainte dans la religion ». Évoquant plusieurs versets coraniques, ils précisent que la clémence divine doit être privilégiée dans tous les cas et que tout appel à la guerre doit être décrété par « un calife » doté de sagesse et de clairvoyance. Ce qui fait défaut chez les émirs de Daesh et Boko Haram.

2/ Daesh est un État extrémiste et non islamique

Au moment de l’avènement de l’islam, la création « d’un État islamique » n’était pas l’objectif des musulmans. Ces derniers étaient plus préoccupés par la diffusion des valeurs de piété, de solidarité et d’unicité de Dieu. Certains chercheurs musulmans avaient, néanmoins, admis que la façon dont le prophète gérait les affaires de sa « Oumma » comportait « une forme d’État ».

Pour les oulémas du Maroc, la création d’un « État islamique » doit prendre en considération à la fois ce mode de gouvernance du prophète et les notions modernes de droits individuels : le droit à la vie, le droit à l’apprentissage, le droit à la différence, le droit à la sécurité, l’égalité devant la justice… « Un État qui coupe les têtes est un État extrémiste et non islamique », lit-on dans ces rapports.

Dans sa conception moderne, un État se définit aussi par sa politique internationale. « Or, une entité qui n’a d’autre stratégie que de semer la peur dans le monde, exacerber les haines et créer le chaos au nom de l’islam ne peut en aucun cas être considérée comme un État », lit-on dans les rapports de la Rabita.

3/ L’impôt imposé aux non musulmans est obsolète

Lorsque les daeshiens ont envahi des régions chrétiennes en Syrie et en Irak, ils ont décrété le retour de la « Jizya », un impôt individuel imposé dans les premiers temps de l’islam aux juifs et aux chrétiens en contrepartie de l’engagement des califes musulmans à les protéger. Ils étaient appelés « dhimmis », c’est-à-dire les protégés (en arabe, dhimma veut dire engagement ou lien contractuel).

Sauf que Daesh a fait de cette « Jizya » un outil de massacre et de torture, obligeant les populations ne pouvant pas la payer à se convertir de force à l’islam au risque de mourir. « Une tentative minable de légitimer par les textes une opération de vol organisé », affirme la Rabita. « Car le concept de la ‘Jizya’ est devenu complètement obsolète de nos jours. Nous vivons dans un monde d’égalité, de citoyenneté et de primauté du droit et il ne peut y avoir de différence entre un musulman et un non musulman ».

En outre, pour exiger cet impôt, il faut que l’entité qui le décrète assure une protection infaillible aux populations non musulmanes et les autorise à exercer librement leur culte. Ce qu’un État « terroriste » comme Daesh n’est pas en mesure d’assurer.

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