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Nigeria : Amnesty International accuse l’armée d’avoir tué au moins 150 séparatistes pro-Biafra

Un homme joue de la flûte lors du jour de la commémoration de la sécession ratée du Biafra le 29 février 2012. © Jon Gambrell/AP/SIPA

L'ONG a publié jeudi un rapport accusant les forces de sécurité et l'armée nigérianes d'avoir tué au moins 150 indépendantistes pro-Biafra "pacifiques" entre août 2015 et août 2016. Le document précise que les militaires ont tiré dans la foule à plusieurs reprises. L'état-major nigérian dénonce une "calomnie".

C’est une épine qui reste plantée dans le pied d’Abuja depuis de très longues années. Presque 50 ans après la guerre qui y fit au moins un million de morts, le Biafra continue de poser problème au gouvernement central nigérian, puisque l’Ipob (Indigenous People of Biafra) – un mouvement séparatiste – continue de clamer son envie d’indépendance. Ce mouvement a pris une envergure suffisante pour que les autorités fédérales interviennent. Avec une violence non justifiée, à en croire le rapport publié par Amnesty International jeudi.

150 morts au moins, « sûrement beaucoup plus »

L’ONG dénonce, documents à l’appui, la mort d’au moins 150 militants qu’elle qualifie de « pacifiques ». Pire, elle craint que le bilan « soit en fait beaucoup plus élevé », assure-t-elle dans un compte-rendu. Le rapport repose sur la consultation de 87 vidéos, 122 photos et 146 témoignages oculaires entre août 2015 et août 2016. Ces documents « prouvent que les militaires ont tiré à balles réelles, sans prévenir ou presque, pour disperser la foule » lors de nombreuses manifestations.

Laconique, le rapport égrène son lot de violences, ajoutant que les enquêteurs d’Amnesty International ont également recueilli « des preuves d’exécutions de masse hors de tout cadre judiciaire ». Ils font ici plus précisément allusion aux heurts qui avaient marqué le jour de la commémoration du Biafra, le 30 mai dernier dans la ville d’Onitsha. 48 heures durant, des affrontements avaient éclaté, pour un bilan estimé par Amnesty à 60 morts et 70 blessés au moins.

Des cas de torture à l’acide répertoriés, dénégations de l’armée

Dénonçant une « saignée » inutile, l’ONG pointe du doigt la responsabilité des autorités fédérales. Leur décision d’envoyer des troupes sur place aurait précipité le massacre, c’est pourquoi Amnesty appelle Abuja à ouvrir une enquête pour déterminer la responsabilité de chacun dans cette affaire, où des cas de torture pure et simple ont été rapportés.

Sous un nom d’emprunt, un manifestant explique à Amnesty qu’après son interpellation, les forces de sécurité ont versé de l’acide sur lui. Se protégeant le visage de ses mains, il a évité de perdre la vue. Mais les séquelles physiques et psychiques, elles, sont bien présentes. Ce regain de violence serait dû à l’arrestation du dirigeant de l’Ipob, Nnamdi Kanu, un Anglo-Nigérian de 45 ans, le 14 octobre 2015.

Face à ces témoignages, les autorités nigérianes ont rapidement réagi. C’est l’état-major de l’armée qui est monté au créneau dans un communiqué, affirmant jeudi qu’il s’agissait d’une « tentative de ternir l’image » du Nigeria par un traitement « non objectif » de la situation. Le communiqué nie toute exaction de la part des militaires et affirme que le caractère violent des manifestants est bien connu au Nigeria comme à l’international.

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