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Rwanda : Kigali exige des excuses du Vatican pour le rôle joué par les catholiques dans le génocide

Par Jeune Afrique avec AFP

Performance à Kigali pour la commémoration des 20 ans du génocide rwandais, le 7 avril 2014 au stade Amahoro. © Ben Curtis/AP/SIPA

Après que l'Église rwandaise a présenté ses excuses pour le rôle des catholiques dans le génocide de 1994, le gouvernement a réagi mercredi, estimant que c'était au Vatican de faire son mea culpa.

De Kigali à Rome, il n’y a qu’un pas, que le gouvernement rwandais a franchi ce jeudi. Après avoir pris acte des excuses de la Commission épiscopale dimanche pour le rôle des catholiques dans le génocide qui a fait 800 000 morts dans le pays en 1994, les autorités ont réagi mercredi. Non contentes de ce premier mea culpa, elles estiment désormais que c’est au Vatican de faire son auto-critique.

« Des excuses du Vatican seraient justifiées »

« Au vu de l’échelle à laquelle ces crimes ont été commis, des excuses de la part du Vatican seraient amplement justifiées », a soutenu le gouvernement rwandais dans un communiqué, assurant que de telles excuses avaient déjà été présentées par l’Église catholique pour des crimes selon lui « de plus petite ampleur ».

Dimanche, une lettre d’excuses signée par les évêques des neuf diocèses du Rwanda avait donc déjà été lue dans les églises du pays à l’occasion de la clôture par le pape François de « l’Année sainte de la miséricorde ».

L’évêque Philippe Rukamba, président de la Commission épiscopale rwandaise, avait toutefois précisé qu’il s’agissait d’une demande de pardon pour des individus et non pour l’Eglise en tant qu’institution. « L’Église n’a pas participé au génocide », avait-t-il affirmé, rappelant que l’Église catholique rwandaise avait déjà formulé des excuses similaires en 2000.

Ces excuses impliqueraient l’institution, et pas seulement quelques fidèles

Kigali a qualifié ces excuses de « profondément inadéquates ». « Elles permettent uniquement de mettre en lumière la distance qui sépare l’Église catholique d’une reconnaissance complète et honnête de ses responsabilités morales et légales », a estimé le gouvernement. Ce qui explique donc cette sortie et l’interpellation directe des autorités du Vatican, qui elles, parleraient au nom de l’Église en tant qu’institution.

Depuis la fin du génocide, qui a fait 800 000 morts en 1994 selon l’ONU, essentiellement parmi la minorité tutsi, l’Église catholique a été à plusieurs reprises mise en cause pour sa proximité avec le régime hutu extrémiste de l’époque et pour l’implication de prêtres et de religieux dans les massacres.

Entre avril et juillet 1994, de nombreuses églises furent le théâtre de tueries de masse, les miliciens hutu y trouvant leurs victimes rassemblées – parfois par des prêtres qui livraient ensuite leurs ouailles aux tueurs – et sans échappatoire.

Plusieurs prêtres, religieux et religieuses catholiques du Rwanda ont été jugés pour participation au génocide, principalement par les tribunaux rwandais, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ou la justice belge. Certains ont été condamnés, d’autres ont été acquittés.

Environ la moitié des Rwandais sont aujourd’hui catholiques, alors que beaucoup se sont tournés depuis la fin du génocide vers les églises pentecôtistes dites « de réveil ».

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