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Gouvernement marocain : les scénarios de sortie de crise

Abdelilah Benkirane, chef du PJD, a été reconduit comme chef du gouvernement le 10 octobre 2016. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Depuis son renouvellement au poste de Premier ministre, Abdelilah Benkirane n'est toujours pas parvenu à former un gouvernement. Plusieurs options sont évoquées pour faire aboutir cette difficile gestation.

Quarante cinq jours après sa désignation en tant que chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane peine à former sa majorité. Il n’est toujours pas parvenu à un accord avec Aziz Akhannouch, le puissant patron du Rassemblement national des indépendants (RNI), qui a posé des conditions que les islamistes ont jugé draconniennes pour intégrer leur coalition. Le blocage est bien installé.

À l’aide du politologue et chercheur universitaire, Mustapha Sehimi, Jeune Afrique énumère les scénarios de sortie de cette crise et explique pourquoi, à part une entente entre le PJD et le RNI, ils ne semblent pas réalistes. 

1. Retourner aux urnes

Six semaines après la victoire des islamistes aux législatives, le roi, garant du bon fonctionnement des institutions, acte leur incapacité à former un gouvernement et décide de convoquer de nouvelles élections. Un scénario irrecevable, selon le politologue, vu le coût financier et politique de cette opération. « Il faut un milliard de dirhams, entre subventions partisanes et frais logistiques, pour organiser un processus électoral », explique-t-il.

Réorganiser des élections donnerait également raison à certains caciques du parti islamiste, y compris leur chef Benkirane, qui ont à maintes reprises martelé « qu’on les empêche de former leur gouvernement et qu’on leur met les bâtons dans les roues ». Sans oublier le fait qu’avec de nouvelles élections, le PJD risque de revenir encore plus fort.

2. Nommer à la primature un autre membre du PJD

Le roi retire le poste de chef de gouvernement à Abdelilah Benkirane et l’attribue à un autre membre du même parti. Théoriquement, rien ne l’empêche de le faire puisque l’article 47 de la Constitution dispose clairement que le roi nomme le chef de gouvernement au sein du parti arrivé en tête aux élections. Il n’est pas mentionné qu’il doit s’agir forcément du dirigeant dudit parti. Mais ce n’est pas la personne d’Abdelilah Benkirane qui pose problème dans ce blocage institutionnel mais bien tout le processus de formation du gouvernement. Changer de personnalité ne résoudrait pas les problèmes. Sans compter que les membres du PJD sont mobilisés derrière leur chef et n’accepteront pas qu’on lui préfère un autre.

3. Trouver un Premier ministre en-dehors du PJD

Le roi se tourne vers une autre personnalité pour diriger le gouvernement. Option irrecevable, selon Mustapha Sehimi, en raison du même article 47 qui oblige le roi à faire son choix au sein du parti politique gagnant. Les résultats électoraux ne peuvent en aucun cas être ignorés, même en cas de blocage institutionnel.

4. Le PJD et le RNI condamnés à s’entendre

Le PJD et le RNI arrivent à un compromis. Malgré les difficultés actuelles, c’est l’hypothèse qui a le plus de chances d’aboutir, analyse Mustapha Sehimi. Alors qu’il a accusé Aziz Akhannouch de bloquer la formation de son gouvernement il y a quelques semaines, Abdelilah Benkirane semble désormais vouloir lui tendre la main. Il a affirmé le 22 novembre au site marocain Le360 qu’il attendrait son retour du périple royal en Afrique pour reprendre les négociations, qu’il aimerait que le RNI fasse partie de sa majorité et « qu’il a déjà trouvé la formule pour gérer la répartition des portefeuilles ».

Pour entrer au gouvernement, le RNI avait demandé l’éviction de l’Istiqlal, le grand parti historique. Benkirane y avait opposé un non catégorique, estimant avoir « donné sa parole » à son secrétaire général, Hamid Chabat.

Avec les deux partis qu’il a recrutés jusqu’à maintenant, l’Istiqlal et le Parti du Progrès et du socialisme (PPS), le PJD totalise 183 sièges. C’est moins que le nombre exigé pour former une majorité au Parlement (198 sièges). Une alliance avec le RNI (37 sièges) lui permettra d’arriver au quota et même de le dépasser. Mais le parti de Akhannouch, de plus en plus gourmand, a brandi une autre condition. Il avance qu’il ne peut pas entrer au gouvernement sans l’Union constitutionnelle (UC), une formation politique arrivée 7è aux législatives et avec laquelle il a noué une alliance au sein du Parlement. Au lieu d’un gouvernement de quatre partis politiques comme il le souhaitait, Benkirane dirigerait un patchwork de cinq formations, aux programmes et aux idéologies contrastées.

Malgré son optimisme, le chef de gouvernement islamiste fait donc toujours face à une équation difficile à laquelle il faudra rajouter le choix du parti qui présidera le Parlement. Un autre casse-tête en perspective…

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