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Darfour : il est temps pour Abdul Wahid de rejoindre la table des négociations

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Donald Booth est l’envoyé spécial des États-Unis pour le Soudan et le Soudan du Sud. Auparavant, il a été ambassadeur des États-Unis au Liberia, en Zambie et en Éthiopie.

Abdul-Wahid Nour, chef d'une des rébellions soudanaises au Darfour, lors d'une conférence de presss à Paris en mars 2009. © THIBAULT CAMUS/AP/SIPA

Abdul Wahid Al-Nour, dirigeant d’un des mouvements d’opposition armée au Soudan, ne s’est pas rendu dans son pays depuis plus de dix ans. Il passe la majeure partie de son temps dans son appartement parisien à donner des directives à son groupe armé au Darfour par le biais d’un téléphone satellite.

Son refus de négocier constitue depuis longtemps un obstacle aux tentatives internationales visant à mettre fin au conflit soudanais, mais il devient particulièrement préjudiciable depuis que les autres parties impliquées commencent à progresser sur la voie de la paix.

Le 31 octobre, trois des quatre plus importants groupes armés du Soudan se sont engagés à une cessation des hostilités unilatérale de six mois suite à un engagement similaire de la part du gouvernement soudanais. Si de telles déclarations ne représentent pas une nouveauté pour le Soudan, il est rare de voir les parties en cause prendre cet engagement au début de la campagne des combats (la saison sèche au Darfour). Ces derniers mois, nous avons également assisté, à l’exception notable de la région du Darfour contrôlée par Abdul Wahid, à une diminution des violences et des discours belliqueux chez les parties en négociation.

Blocage systématique des négociations

Cependant, Abdul Wahid refuse d’annoncer une suspension même temporaire des combats pour permettre à l’aide humanitaire d’atteindre les populations du Djebel Marra, et il a repoussé les ouvertures qui lui ont été faites de négocier avec le gouvernement soudanais ou de participer à des pourparlers visant à faire cesser les violences. Il a refusé de prendre part aux consultations d’Arusha en août 2007, à la conférence de Syrte en novembre 2007, à l’initiative d’unification de N’Djamena et d’Addis-Abeba en juillet-août 2009 ainsi qu’à l’initiative UA-ONU/Qatar à Doha de 2009 à 2011.

Abdul Wahid a également boycotté toutes les dernières initiatives visant à mettre un terme aux conflits du Soudan, y compris un processus sous l’égide de l’Union africaine (UA) et de récents pourparlers à Kampala sous la direction du président Museveni. En août, les dirigeants de certains des plus grands groupes d’opposition, armés ou non, ont signé la feuille de route rédigée par l’Union africaine pour des négociations politiques à venir, feuille de route déjà entérinée par le gouvernement. Mais Abdul Wahid n’est pas venu.

Une stratégie exclusivement militaire

Pour être honnête, Abdul Wahid a des raisons valables de douter du processus politique et de se méfier d’un gouvernement qui a bombardé et déplacé les populations de sa région pendant plus de dix ans. Les récentes arrestations de responsables de partis politique d’opposition à Khartoum constituent un sérieux contretemps pour ceux qui tentent de se lancer dans une compétition politique pacifique. Mais la stratégie exclusivement militaire d’Abdul Wahid n’a pas fait progresser sa cause et a permis à une violence permanente d’exercer des ravages sur son pays. Le refus d’Abdul Wahid d’accorder aux soldats de la paix de l’ONU l’autorisation de s’occuper des dénonciations d’attaques gouvernementales contre les civils dans les zones sous son contrôle est incompréhensible.

La paix au Soudan ne doit pas être otage du refus de dialogue d’Abdul Wahid. Il est impératif d’avoir un processus de paix global et ouvert à tous qui inclue tous les acteurs et aborde les problèmes politiques, sécuritaires et humanitaires à l’origine des conflits au Soudan. Les habitants du Soudan, et par dessus tout les habitants du Djebel Marra, ont besoin qu’Abdul Wahid vienne siéger à la table des négociations.

Lors de mes récents déplacements au Darfour, je me suis entretenu avec plusieurs groupes de personnes déplacées qui m’ont tous dit la même chose. Ils veulent juste l’arrêt des combats.

Il est temps pour Abdul Wahid de rejoindre les autres groupes d’opposition en déclarant une cessation unilatérale des hostilités, en s’engageant dans les négociations politiques et en déployant de véritables efforts pour mettre un terme à des années de violence indicible.

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