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Deux nouveaux cardinaux, apôtres de la réconciliation nationale

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Didier Niewiadowski est universitaire et ancien conseiller de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France à Bangui (Centrafrique) et à celle de Praia (Cap-Vert).

Le nouveau cardinal Dieudonne Nzapalainga dans les bras de Sekekh Taib, vice-président de la Fédération des musulmans d'Italie, lors de son arrivée à la mosquée de Rome, le 22 novembre 2016. © Gregorio Borgia/AP/SIPA

Le cardinal albanais, Ernest Simoni et le cardinal centrafricain, Dieudonné Nzapalainga, nommés lors du consistoire du 19 novembre 2016, doivent leur nomination au seul pape François.

Le souverain pontife les avait rencontrés en se rendant dans leur pays, le 21 septembre 2014 pour l’Albanie, et les 28 et 29 novembre 2015, pour la Centrafrique. Avec l’ancien jésuite argentin, l’Eglise catholique devient davantage universelle, plus proche des déshérités et moins dépendante d’une Curie romaine qui perd, peu à peu, son omnipotence. Pour le Vatican, la nouvelle frontière est celle qui sépare l’oligarchie mondialisée, de plus en plus riche, à une grande partie de l’humanité, de plus en plus pauvre. Pour l’Afrique, la nomination du cardinal centrafricain constitue un encouragement supplémentaire à la « décolonisation » des Eglises nationales.

Deux prélats près du peuple

L’Albanais Ernest Simoni, âgé de 88 ans, n’était pas évêque, mais simple prêtre diocésain. Le Centrafricain Dieudonné Nzapalainga, âgé de 49 ans, n’est évêque que depuis 4 ans et n’a été ordonné prêtre qu’en 1998. Leur parcours, accompli dans des contextes certes très différents, a néanmoins des similitudes. Tous les deux viennent d’un milieu populaire et provincial où l’âpreté de la vie quotidienne forge un caractère. Leur appartenance à des Ordres religieux voués à la pauvreté et au dialogue interconfessionnel n’est pas anodine. Ernest Simoni a d’abord été membre de l’Ordre des Frères mineurs, appelés franciscains, avant de devenir prêtre diocésain. Dieudonné Nzapalainga est un spiritain, c’est-à-dire membre de la Congrégation du Saint Esprit, très présente en Afrique.
Les deux nouveaux cardinaux viennent de deux pays parmi les plus pauvres de la planète dans lesquels les pires atteintes aux droits de l’homme se produisent encore en toute impunité, hors des écrans médiatiques.

Ernest Simoni, le pacificateur indulgent

Le cardinal Ernest Simoni appartient à la minorité catholique qui représente environ 11 % des Albanais. Comme beaucoup d’Albanais, il a souffert de la dictature d’Enver Hoxha. Deux fois condamné à mort, emprisonné une vingtaine d’années et condamné aux travaux forcés dans une mine de chrome puis comme égoutier, le nouveau cardinal a toujours manifesté de l’empathie pour ses compatriotes et pardonné à ses bourreaux. Aujourd’hui encore, il visite l’importante diaspora en prônant le dialogue interconfessionnel et la cohésion sociale.

Dieudonné Nzapalainga, le bon samaritain

Le natif de Bangassou, région plutôt musulmane encore attachée à ses sultans, a brûlé les étapes pour accéder au Collège cardinalice. Etudiant à Paris (1994-1997), le jeune Centrafricain découvre la pauvreté urbaine occidentale. Une fois ordonné prêtre, il rejoint la Fondation des apprentis d’Auteuil pour devenir vicaire et enseignant dans les quartiers nord de Marseille (1998-2005) où il est confronté aux problèmes d’une jeunesse déjà en révolte contre la société qui ne leur laisse aucune place.

En 2009, de retour en Centrafrique, il doit reconstruire une Eglise décapitée avec la réduction à l’état laïc de nombreux prêtres et de plusieurs évêques, pour infractions aux règles de leur sacerdoce. A peine nommé évêque en mai 2012, il se multiplie pour apporter réconfort et assistance aux innombrables déplacés et victimes de la crise nationale qui touchent aussi bien chrétiens, musulmans et animistes. Dieudonné Nzapalainga a pris une part décisive dans la création de la plateforme des confessions religieuses, constituée avec l’imam Oumar Kobine Layama, président du conseil islamique et le pasteur Nicolas Guerekoyeme, président de l’Alliance des Eglises évangéliques, qui joue un rôle majeur dans la réconciliation nationale.

Les nouvelles priorités du Vatican

L’Afrique et les conflits mondiaux constituent de nouvelles priorités pour le Vatican, comme l’attestent les relations privilégiées avec la Centrafrique. Le Président Faustin-Archange Touadéra n’a-t-il pas accordé sa première visite extérieure au Pape François, qu’il a déjà rencontré trois fois en 8 mois. L’accord-cadre signé, le 6 septembre 2016, entre la Centrafrique et le Saint-Siège pourrait permettre à l’Eglise catholique de retrouver son influence et de développer ses réseaux d’écoles et d’hôpitaux, notamment dans l’arrière-pays. Le cardinal Dieudonné Nzapalainga a pris une telle dimension auprès du peuple centrafricain qu’il devrait désormais jouer un rôle majeur dans la réconciliation nationale et être un porte-parole exigeant des centaines de milliers de Centrafricains qui vivent dans un total dénuement.

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