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Malawi : les parents, la vierge et la “hyène” séropositive

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

La hyène séropositive qui déflorait les adolescentes au Malawi. © Damien Glez

La "purification sexuelle" des vierges malawites par des inconnus rémunérés a-t-elle encore de beaux jours devant elle ? Un procès vient de condamner un séropositif qui avait fait de cette pratique rituelle son fonds de commerce…

Dans la quête optimale de félicité, certaines pratiques traditionnelles sont censées ouvrir les yeux. D’autres rendent manifestement aveugle. Sinon comment comprendre que des parents d’adolescentes confie leur progéniture à un homme chargé de les déflorer, dès l’apparition des premières menstrues ?

La coutume apparaît dans le sud du Malawi. L’amant rémunéré 4 à 7 dollars porte le surnom peu ragoûtant de «hyène». Il officie pendant trois jours, certifie la transmission aux jeunes filles du savoir-faire nécessaire à la réputation de bonnes épouses, et promet même la protection contre les maladies ou d’autres malheurs risquant de nuire à leur famille ou à leur village.

Comme si le sordide de la pratique ne suffisait pas à susciter un sursaut paternel ou maternel, la hyène humaine ne transmet pas toujours que les bonnes manières. Elle contamine les maladies qu’elle était censée tenir à distance…

C’est ainsi que le dénommé Eric Aniva, 45 ans, exposait à sa séropositivité nombre de ses « patientes » adolescentes. Alors que ce pays d’Afrique australe est déjà ravagé par le sida -environ 10% des 17 millions d’habitants du Malawi seraient infectés par le virus -, il aurait eu des rapports sexuels non protégés avec 104 jeunes filles, certaines à peine âgées de 12 ans. Ce mardi, le juge Innocent Nebi du tribunal de Nsanje le condamnait à deux ans de prison pour « pratiques nuisibles ».

Si coutume traditionnelle rime normalement avec positivité, elle rime aussi, en principe, avec discrétion. C’était sans compter avec le tempérament de “faroteur” d’Eric Aniva. Celui-ci n’avait pas pu s’empêcher de confesser ses “exploits” à la BBC, entretien qui, en arrivant à la connaissance du chef de l’État malawite, Peter Mutharika, n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Mais même arrêtée sur demande présidentielle, la “hyène”, cigarette à la commissure des lèvres, s’était amusée à prédire, devant un journaliste de l’AFP, et avant le verdict, une peine des plus légères…

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