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Madagascar : l’ancien ambassadeur du Maroc soupçonné de détournement de fonds

Mohammed VI et son frère le prince Moulay à Laâyoune, le 7 novembre 2015, pour les 40 ans de la Marche verte. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Les autorités marocaines ont mis fin ce lundi à la mission de Mohamed Amar, en poste à Antananarivo depuis dix ans. Motif : Il aurait détourné des fonds humanitaires destinés à la population malgache et failli à son devoir diplomatique.

L’affaire a éclaté en plein déplacement du roi Mohammed VI à Madagascar. Selon des informations « recoupées », Mohamed Amar aurait procédé à « des détournements de fonds à l’occasion d’opérations humanitaires décidées en faveur du peuple malgache ».

L’ampleur de ces détournements, non révélée, fera l’objet d’une inspection du ministère des Finances qui a a été dépêchée dans les locaux de l’ambassade du Maroc. 

Dans un communiqué publié par l’agence de presse officielle MAP, Rabat affirme que Mohamed Amar aurait également entrepris « des actions d’ingérence dans les affaires intérieures du pays, en violation des usages diplomatiques et aurait fait montre de discrimination à l’égard des communautés non-musulmanes du pays. « Son remplacement intervient sur le tard », précise le journal l’Express de Madagascar, tant les comportements du diplomate marocain, présenté comme le doyen du corps diplomatique à Antananarivo, avaient heurté les responsables de ce pays.

Entre autres incidents, le journal rappelle un épisode, survenu le 8 janvier, lorsque « l’ancien ambassadeur marocain avait décrit sans ambages les difficultés socio-économiques à Madagascar, tout en déplorant l’impuissance, voire le manque de volonté étatique de redresser la situation ».

Disgrâce marocaine en terre malgache

L’affaire embarrasse les autorités marocaines, qui veulent construire une relation amicale avec le pays de Hery Rajaonarimampianina. En octobre dernier, au moment du grand renouvellement du corps diplomatique marocain à l’étranger, Mohamed Amar a été maintenu à son poste par Rabat pour collaborer aux préparatifs de la visite royale à Madagascar. Mais le samedi 19 novembre, c’est Mohamed Benjilani, présenté comme le nouvel ambassadeur du Maroc dans ce pays, qui est venu accueillir le roi à sa descente d’avion à Antananarivo. Deux jours plus tard, ce dernier sera officialisé dans son poste après la présentation de ses lettres de créances au président malgache.

Les antécédents français

Que s’est-il passé entre temps ? Rabat ne donne pas d’explications sur les circonstances du départ de Mohamed Amar ni sur la partie qui l’a dénoncé, même si on devine aisément une intervention malgache en sous-main. Car le cas Mohamed Amar n’est pas une première dans la Grande Île. En 2015, Madagascar avait demandé le départ de l’ancien ambassadeur de France, François Goldblatt, qui était allé, selon elle, trop loin dans ses critiques à l’égard du pouvoir. À peine deux ans et demi après le début de son mandat, il avait dû quitter son poste, en raison de tweets dans lesquels il estimait que la nomination du nouveau responsable du Trésor malgache était « un très mauvais signal » pour les bailleurs de fonds. Les responsables malgaches ont alors dénoncé l’ingérence du diplomate français dans leur souveraineté.

En 2008, un autre ambassadeur de France, Gildas Le Lidec, avait été lui aussi mis en disgrâce par Antananarivo et obligé de partir de l’île, où il avait officié à peine six mois.

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