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Soudan du Sud : Washington veut un embargo sur les armes et des sanctions ciblées

Par Jeune Afrique avec AFP

Le président du Soudan du Sud Salva Kiir en compagnie de l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Samantha Power, à Djouba le 4 septembre 2016. © Justin Lynch/AP/SIPA

Les États-Unis ont annoncé ce jeudi qu'ils allaient proposer au Conseil de sécurité d'imposer un embargo sur les armes au Soudan du Sud pour y empêcher des atrocités de masse. Mais la Russie et la Chine pourraient utiliser leur droit de veto pour bloquer l'initiative, soutenue par le Royaume-Uni et la France.

« Dans les jours à venir, les États-Unis vont soumettre une proposition pour imposer un embargo sur les armes au Soudan du Sud, ainsi que des sanctions ciblées aux individus qui s’opposent le plus à une paix durable, sous forme de gel d’avoirs financiers et d’interdiction de voyager », a indiqué à l’AFP ce jeudi 17 novembre l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Samantha Power.

« Le Soudan du Sud est une nation au bord du précipice après trois années de guerre », a-t-elle ajouté.

Samantha Power a souligné que les 13 000 Casques bleus de la Minuss (mission de l’ONU au Soudan du Sud) n’avaient pas les moyens d’empêcher un génocide, comme l’a reconnu le secrétaire général de l’organisation Ban Ki-moon dans son dernier rapport.

« De plus, le gouvernement sud-soudanais s’oppose au déploiement d’une force africaine de protection de 4 000 hommes qui pourrait les épauler. Tous ces ingrédients créent un climat propice à des atrocités de masse », a conclu Samantha Power, en rappelant que l’ONU avait échoué à empêcher des massacres à Srebrenica, en Bosnie, et au Rwanda.

Selon le projet de résolution américain, que l’AFP a consulté, l’embargo serait mis en place pour un an afin de prévenir la vente, directe et indirecte, ou le transfert vers le Soudan du Sud d’armes de tous types et d’équipements militaires (véhicules, munitions, etc…).

Les pays voisins sont invités à inspecter les cargaisons des navires et des avions dont ils soupçonnent qu’ils livrent des armes aux belligérants.

Prématuré pour les Russes

Le représentant adjoint russe Piotr Ilitchev a au contraire estimé qu’un embargo serait « prématuré ». « Quant à imposer des sanctions ciblées aux dirigeants sud-soudanais, ce serait le comble de l’irresponsabilité en ce moment, a-t-il affirmé, car les discussions avec Djouba sur le déploiement de la force de protection régionale font des progrès. »

Il a aussi estimé que l’embargo sur les armes imposé au pays par les Européens ne marchait pas, de l’aveu même des experts de l’ONU, et que les voisins de Djouba étaient trop divisés pour que des sanctions soient efficaces.

Son homologue chinois Wu Haito n’a fait aucune allusion à un embargo mais a affirmé que le Conseil devait se montrer prudent avec les sanctions, pour éviter de compliquer la situation.

La haine ethnique et le ciblage des civils peuvent déboucher sur un génocide.

L’ambassadeur du Soudan du Sud auprès des Nations unies, Joseph Moum Malok, a, lui, jugé la proposition américaine totalement inacceptable. « Les autorités de Djouba font face à une rébellion armée tentant de renverser le gouvernement et ne peuvent pas être privées des moyens de se défendre », a-t-il dit.

Le conseiller spécial de l’ONU sur la prévention du génocide, Adama Dieng, à peine rentré d’une visite au Soudan du Sud, a en revanche exhorté les 15 pays du Conseil à s’unir et à agir en décrétant un embargo, pour éviter la prolifération dévastatrice des armes.

« J’ai vu sur place tous les signes qui montrent que la haine ethnique et le ciblage des civils peuvent déboucher sur un génocide si rien n’est fait pour l’empêcher », a-t-il déclaré.

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