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Financement libyen : Takieddine réitère ses accusations contre Sarkozy devant les enquêteurs

Par Jeune Afrique avec AFP

Ziad Takieddine à Paris le 5 octobre 2011, juste avant d'être entendu par la justice dans l'affaire Karachi. © Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Après avoir une nouvelle fois mis en cause Nicolas Sarkozy dans un entretien vidéo à Mediapart, l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine a réitéré jeudi ses accusations concernant un financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy devant les enquêteurs chargés de l'affaire.

Après avoir lâché une nouvelle petite « bombe » au sujet d’un financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 mardi devant les caméras de Mediapart, Ziad Takieddine a été convoqué jeudi par les enquêteurs de l’office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff) à Nanterre, près de Paris. Il y avait déjà été entendu mardi pendant plus de cinq heures, sans toutefois être mis en garde à vue, avait-il précisé.

« Je viens pour collaborer, pour confirmer tout ce que j’ai dit avant. Je viens pour corroborer tout ça, après les derniers éléments trouvés par le juge d’instruction », a-t-il déclaré à son arrivée à Nanterre, en affirmant agir dans « l’intérêt de la France » pour dénoncer une « corruption très profonde » au sein des plus hautes sphères de l’élite politique.

5 millions d’euros remis selon lui en mains propres à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant

Cette corruption, il l’avait donc dénoncée mardi matin dans un entretien diffusé par le site d’information Mediapart. Takieddine, mis en examen dans le dossier Karachi, assurait avoir transporté fin 2006 – début 2007 entre la Libye et la France trois valises contenant cinq millions d’euros en espèces. Des fonds qu’il dit avoir remis une fois à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et candidat, et les deux autres fois à son directeur de cabinet de l’époque, Claude Guéant.

Ce n’est pas la première fois que Ziad Takieddine porte des accusations sur un éventuel financement libyen de la campagne de la droite française en 2007, mais jusqu’alors il n’avait pas indiqué avoir été impliqué directement dans des remises de fonds.

Lors de ses précédentes auditions devant les enquêteurs, il avait varié dans ses déclarations, parfois floues, en assurant d’abord ne pas être en mesure d’apporter « personnellement » de preuves, avant d’affirmer pouvoir « fournir les éléments existants » sur un possible financement occulte de la campagne. Ce qu’il n’a jusqu’ici jamais fait.

L’ancien président et son ex-ministre démentent

Nicolas Sarkozy a aussitôt opposé un « démenti formel » à ces nouvelles allégations, en dénonçant « une manœuvre nauséabonde pour interférer dans la primaire de la droite et du centre » à laquelle l’ex-président est candidat et dont le premier tour a lieu dimanche 20 novembre.

Le camp Sarkozy a également épinglé des incohérences dans le récit de Ziad Takieddine et dénonce son « absence de crédibilité ». L’avocat de l’ancien chef de l’Etat, Thierry Herzog, a fourni un extrait de procès-verbal de juin 2012 dans lequel l’homme d’affaires disait n’avoir « plus rencontré » Nicolas Sarkozy depuis novembre 2003, alors que les supposés transferts de fonds remonteraient à 2006-2007. L’ancien président et Claude Guéant ont promis des poursuites judiciaires.

Claude Guéant, mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale dans cette enquête, « n’a jamais entendu parler du moindre centime libyen qui aurait pu servir à financer la campagne de 2007 », a assuré son avocat Philippe Bouchez-El Ghozi, en notant qu’il n’avait « jamais été mis en cause à ce titre ».

Un témoignage concordant d’un haut dignitaire libyen

L’homme d’affaires assure pourtant avoir convoyé les valises à la demande d’Abdallah Senoussi, l’ex-chef des services de renseignement libyen du régime Kadhafi, dans le cadre de la « coopération entre services de renseignements ». « C’est comme cela qu’on me l’a présenté et c’est ainsi que j’ai agi », avait-t-il expliqué pour justifier sa mission de porteur de valises.

Les faits allégués dans Mediapart ont déjà été évoqués en 2012 par Abdallah Senoussi, lors d’une audition dans le cadre de poursuites de la Cour pénale internationale (CPI). L’ancien dignitaire avait affirmé avoir « personnellement supervisé » le transfert de cinq millions d’euros pour la campagne en « 2006-2007 », selon des éléments de l’enquête des juges d’instruction français sur un possible financement libyen. Des accusations confirmées par Mahmoudi Baghdadi, ancien Premier ministre libyen.

Les juges ont par ailleurs obtenu plusieurs autres témoignages d’autres anciens responsables libyens, notamment celui, posthume, de Choukri Ghanem, l’ex-ministre du Pétrole décédé en 2012, qui mentionne un financement occulte dans ses carnets. Mais, après trois ans d’investigations, aucune preuve ne vient étayer ces accusations.

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