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Mali : trois obstacles à la tenue des élections communales

Par - à Bamako

Dépouillement du vote à Bamako lors de la présidentielle du dimanche 11 août 2013. © Thomas Martinez/AP/SIPA

Après quatre reports entre 2014 et 2015, plus de sept millions d’électeurs sont appelés à élire dimanche prochain les quelque 10 000 conseillers communaux du pays. Mais la situation dans le nord du pays complique singulièrement la donne.

« Techniquement tout est prêt, le matériel électoral des régions du nord a déjà été transporté et nous sommes en train d’imprimer le fichier du sud ». Cette déclaration rassurante d’Alaye Tessougué, directeur général de l’Administration territoriale, une dizaine de jours avant le scrutin cache mal la réalité du terrain.

Insécurité, non-retour des réfugiés et manque de transparence sont de sérieux problèmes pour l’organisation des élections communales prévues dimanche 20 novembre au Mali, mais pas sur toute l’étendue du territoire

Car quinze communes, toutes dans le nord, ne voteront pas, sur les 703 que compte le pays. « Cinq dans la région de Ménaka, neuf dans celle de Kidal et une à Gao », selon le gouvernement. Et les raisons à l’origine des quatre reports qu’ont connus ces élections sont toujours d’actualité.

  • Insécurité et « risque de partition du pays »

Si la question se pose moins dans le sud du pays, l’insécurité sévit toujours dans la partie septentrionale du Mali, qui reste hors du contrôle de Bamako. La faible présence de l’État dans cette partie du pays sème le doute quant à la bonne tenue du scrutin à venir. « À partir du centre du pays, l’État ne contrôle plus rien. Nous avons déposé nos listes, mais nous pensons que les conditions ne sont toujours pas réunies », regrette Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition malienne, joint au téléphone.

Le gouvernement a mis en place une cellule de coordination de la sécurisation des 21 000 bureaux de vote. Y compris pour le nord du pays ? « Non. La Minusma et Barkhane nous aideront à sécuriser les zones auxquelles nous n’avons pas accès », explique Amadou Sangho, chargé de communication du ministère de la Sécurité. Mais selon nos informations, l’armée française a formellement rejeté ce rôle qui ne correspond pas à sa mission.

Il y a un risque réel de partition du pays, s’alarme Soumaïla Cissé, le chef de file de l’opposition malienne

Votée en septembre dernier, la nouvelle loi électorale permet d’organiser des « élections séquentielles dans les zones à risque », une possibilité qui suscite la polémique en faisant planer le spectre de la division du pays. « En organisant le scrutin sur une partie du territoire au détriment d’une autre, nous vivrons dans un pays à double vitesse…Nous aurons des élus d’un même pays avec des mandats différents. Il y a un risque réel de partition du pays », s’alarme ainsi Soumaïla Cissé.

  • Manque de transparence du scrutin

L’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance au Mali qui suit les scrutins depuis 1996, fustige de son côté « l’exclusion » d’une partie des Maliens et doute de la « bonne tenue du scrutin ». Son président, Ibrahima Sangho, a déploré samedi dernier que les partenaires techniques et le gouvernement n’aient pas financé la société civile pour « veiller au scrutin », comme il en est coutume.

Depuis 2012, la quasi-totalité des représentants de l’État ont trouvé refuge dans les principales villes du pays à cause de l’insécurité. « Cette situation traduit qu’il est techniquement impossible de déposer des listes électorales de manière transparente », déplore un responsable de la Commission électorale indépendante (Ceni). Des zones sans aucune autorité reconnue dans lesquelles, selon la même source, plusieurs candidatures ont été validées le 6 octobre, date butoir du dépôt des listes.

Par ailleurs, il est évident que les groupes terroristes continuent d’exercer une certaine influence auprès des électeurs dans plusieurs communes du nord, où les populations auront en tête d’éventuelles au moment de déposer leur bulletin dans l’urne. « Dans ces conditions, le taux de participation ne reflètera pas la volonté de participation des populations. Cela est d’autant plus vrai que les régions septentrionales ont toujours des taux record quand il s’agit d’élections », analyse Abdourhamane Dicko, travailleur d’une ONG qui lutte pour la bonne gouvernance.

  • Retour des réfugiés

Autre goulot d’étranglement : plus de 130 000 Maliens sont encore dans les camps de réfugiés, selon le HCR, en plus de milliers d’autres déplacés. Le 9 novembre, ce sont ainsi les 40 000 réfugiés du camp de M’Berra à la frontière mauritanienne qui ont « dénoncé » dans une déclaration l’organisation du scrutin. Ils veulent, avant de voter, être « rapatriés » conformément à l’accord de paix signé en juin 2015.

Pour la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), c’est une « violation grave » des dispositions de l’accord de paix et « des droits civiques des milliers de réfugiés directement concernés. »

Du côté du gouvernement, on déclare comprendre la situation, mais il n’est pas question de reporter l’échéance une nouvelle fois. On estime que le mandat des élus locaux est expiré depuis plusieurs années et que ceux-ci ne sont plus « légitimes » pour continuer à remplir leur fonction.

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