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RDC : Bernabé Kikaya Bin Karubi et le groupe canadien Feronia répondent aux accusations d’ONG

Image d'archive : une famille broie des noix de palmiers à huile à Walikale dans l'est de la RDC le 18 septembre 2010. C'est également dans les palmiers à huile que Feronia est active depuis le rachat des actifs de PHC en 2009. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Deux rapports publiés en 2015, puis début novembre 2016, contestaient les pratiques de Feronia actif dans l'exploitation de palmiers à huile et sa proximité avec le Bernabé Kikaya Bin Karubi. Le groupe canadien et le conseiller diplomatique du Président Joseph Kabila dénonce vivement ces accusations.

Le rapport publié mercredi 2 novembre  – après une première publication en juin 2015 – sur la proximité entre le conseiller diplomatique du Président Joseph Kabila et le groupe canadien Feronia qui avait racheté en 2009 à Unilever les Plantations et Huileries du Congo (PHC) fait réagir. « En ce qui me concerne, il laisse entendre qu’un proche du Président utilise des fonds de développement à des fins personnelles. C’est mal me traiter », réagit Bernabé Kikaya Bin Karubi, en référence à l’opacité financière qui était pointée dans le rapport alors que 118 millions de dollars ont été accordés à Feronia entre 2013 et 2015 par plusieurs institutions internationales de financement du développement. « Sans leur intervention, quelque 9 000 emplois saisonniers et permanents auraient probablement été supprimées », réagit Feronia – qui estime avoir sauvé PHC « d’une fin certaine » – dans plusieurs documents envoyés à Jeune Afrique.

Des organisations bien intentionnées mais manifestement mal informées.

Dans l’un d’eux, son directeur exécutif, Frank Braeken, ancien patron d’Unilever Africa, se dit « étonné de lire ces accusations récentes à notre égard, émanant d’organisations bien intentionnées mais manifestement mal informées. Plaider pour une restitution des terres, ou demander à nos investisseurs de revoir leur engagement, revient à mettre en danger les emplois de milliers de travailleurs, ainsi que toute l’infrastructure sociale mise en place par l’entreprise à ce jour ».

Dans leur rapport, un groupe d’une dizaine d’ONG, dont Grain connue pour ses nombreuses positions sur les sujets fonciers, se « pos[ait] des questions sur la façon dont Feronia a utilisé des millions de dollars d’aide à destination de l’Afrique » et appellait à « des enquêtes officielles ». Selon leurs calculs, quelque « 40 millions de dollars » auraient pu passer entre les filiales du groupe Feronia « pour la fourniture de services non précisés ».

« Nous avons fait parvenir 21 pages de réponses détaillant les raisons de notre structure juridique, les limites de l’engagement de Monsieur Kikaya Bin Karubi et les impacts positifs que notre société a dans les zones où elle opère — ce qui n’est en aucun cas reflété dans le rapport alors que nombre des accusations portées y trouvent leur réponse », réagit Feronia.

Le groupe canadien est entré en relations avec Bernabé Kikaya Bin Karubi par l’intermédiaire de Ravi Sood, directeur exécutif de Feronia. « Nous avons été en contact entre 2006 et 2009 et avons tenté plusieurs investissements, dans  la création d’une bourse ou dans les mines, sans qu’aucun ne décolle. Je n’avais alors aucune fonction officielle », dit celui qui est désormais le conseiller diplomatique du Président Joseph Kabila et ancien ambassadeur de la RDC au Royaume-Uni entre 2008 et 2014. Plus tard, une fois nommé ambassadeur à Londres, Bernabé Kikaya Bin Karubi indique avoir été approché par un certain James Siegs, en tant que représentant d’Unilever. Ce dernier l’informe de l’intention du géant anglo-hollandais des produits de consommation de se séparer des Plantations et Huileries du Congo (PHC) que l’État belge avaient octroyées à ce qui s’appelait alors les Frères Lever en 1911.

Un rôle de « facilitateur » lors du rachat

« Je suis intervenu en tant facilitateur », dit à ce sujet Bernabé Kikaya Bin Karubi. En rémunération de ces services « d’ingénierie politique », il reçoit 20% des parts de Feronia JCA, la filiale congolaise mise sur pied après le rachat par le groupe canadien Feronia en 2009 des actifs d’Unilever dans les 100 000 hectares de PHC, dont il devient également administrateur. Et ce, selon lui, jusqu’à l’entrée en vigueur de la législation de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (Ohada) en RDC à compter de septembre 2012. « Le traité de l’Ohada interdit la détention de parts sociales par des responsables publiques », explique Bernabé Kikaya Bin Karubi, qui indique, en 2014, avoir restitué ses parts « sans avoir touché le moindre franc ». Sur ce même point, Feronia indique avoir bénéficié, en l’échange de l’émission d’actions en faveur de Bernabé Kikaya Bin Karubi, du transfert d’une ferme à l’actif de la société, d’une valeur de 600 000 dollars.

Ces actions « représentent aujourd’hui 0,26% du capital de la compagnie », est-il noté dans les documents transmis à JA.

Un autre point de discorde porte sur le total des rémunérations que Bernabé Kikaya Bin Karubi a reçues. Elles ont été de 3 millions de dollars entre 2009 et 2014, selon le rapport des ONG. Ce chiffre est vigoureusement contestée par Bernabé Kikaya Bin Karubi et Feronia. Bernabé Kikaya Bin Karubi indique avoir perçu de la société 10 000 dollars par mois pendant cinq ans au titre de la location de sa résidence à Kinshasa, qui lui était louée par Feronia pour y accueillir une vingtaine de collaborateurs du groupe, et des jetons de présence au titre de son siège d’administrateur, de 43 000 dollars au total. Un dernier montant qui est confirmé par la société (43 333 dollars).

Enfin, quant à l’implantation d’une filiale de Feronia aux Île Caïmans, évoquée dans le rapport des ONG, Bernabé Kikaya Bin Karubi en confirme l’existence. « Elle avait été ouverte pour loger une partie des bénéfices de la société à échéance 10 ou 15 ans », dit-il.

Feronia contrôle trois sites, tous à proximité du fleuve Congo : Yaligimba et Boteka, dans la province de l’Équateur, et Lokutu, dans l’Oriental, dont seule une partie est en cours d’exploitation.

Les revenus de la société, tels que rendus publiques par le groupe canadien coté au Toronto Venture Exchange, se sont établis à 10,9 millions de dollars en 2015 en ligne avec l’exercice 2014 (10,8 millions de dollars), en fortes pertes de -24,9 millions de dollars.

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