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Info ou intox : Donald Trump a-t-il (vraiment) dit ça sur l’Afrique et les Africains ?

Donald Trump tenant un masque à son effigie, le 7 novembre 2016 à Sarasota (États-Unis). © Chris O'Meara/AP/SIPA

Pendant la campagne électorale américaine, plusieurs propos racistes, xénophobes et sexistes ont été attribués à Donald Trump, certains concernant l'Afrique et les Africains. Une question : le successeur de Barack Obama les a-t-il vraiment tenus ?

Dire que Donald Trump est un personnage outrancier serait un euphémisme. Ces derniers mois, le candidat républicain, élu président des États-Unis le 8 novembre, a multiplié les provocations et les dérapages au rythme d’une des courses présidentielles les plus « sales » de l’histoire américaine. Dans son viseur : les immigrés – mexicains en particulier mais pas seulement -, les femmes, les musulmans et… les Africains.

Qu’en est-il vraiment des propos tenus sur l’Afrique par le « president elect » (titre de celui qui doit encore être élu par le collège de 538 grands électeurs le 12 décembre prochain) ? Sur les réseaux sociaux et certains médias africains, plusieurs déclarations racistes et des insultes envers le continent, ses dirigeants, voire ses habitants, ont en effet été attribuées à Donald Trump. Certaines à raison, d’autre à tort. Tentons de démêler le vrai du faux.

Non, Trump n’a pas promis d’arrêter Museveni et Mugabe

Donald Trump, le 45e président des États-Unis.

Si vous avez suivi la campagne américaine sur Facebook ou Twitter, vous êtes sûrement tombé sur des déclarations controversées de Donald Trump. Mais certains de ces propos n’ont jamais été tenus par le magnat de l’immobilier.

Donald Trump n’a jamais dit par exemple que « parfois, je pense que les Kényans sont un peu courageux. Quand on a voulu voler leur vote, ils se sont opposés et certains ont même sacrifié leur vie. Les Ougandais sont des lâches. Il suffit d’un tir de gaz lacrymogène pour qu’ils soient dispersés. Je les ai vus courir comme des moutons lorsque la police a débarqué dans des manifestations. La place de Museveni [le président de l’Ouganda, NDLR], c’est la prison et non le palais présidentiel ».

Publiée pour la première fois le 22 février sur le faux site d’infos kényan Politica, cette déclaration a été très relayée sur les réseaux sociaux à l’approche du scrutin présidentiel américain… et elle a même été adaptée suivant les pays. Au Zimbabwe par exemple, un site, ZimEye, suivi par plus de 170 000 personnes sur Facebook, l’a reprise à son compte en prenant le soin d’ajouter le nom du président zimbabwéen, la phrase devenant alors :

Mugabe et Museveni doivent savoir que leurs jours sont comptés et que je vais les envoyer en prison.

Qui a dit que les Africains n’étaient bons qu’à voler ?

Une autre déclaration, virale, de Donald Trump aurait été prononcée lors d’un discours à Indianapolis, le 25 octobre 2015. Alors candidat à la présidentielle, le milliardaire aurait déclaré que « certains Africains sont des sots paresseux, tout juste bons à manger, faire l’amour et voler », selon un article publié le 26 octobre 2015 toujours sur le site kényan Politica. Et ces propos de faire le tour de la webosphère africaine… alors qu’ils sont faux.

Selon le très sérieux Snopes, spécialisé dans lutte contre les hoax et les (fausses) rumeurs sur internet, il s’agit là d’un « ouvrage de politique-fiction ». D’autant que ce jour-là, Donald Trump rapportait, presque en temps réel, sa journée sur Twitter. Aucune trace de l’homme à Indianapolis…

Non, Trump n’est pas pour une recolonisation de l’Afrique 

Il en est de même de cette autre fausse affirmation attribuée à Donald Trump sur la nécessité de « recoloniser » certains pays africains pendant 100 ans.

Evan Vucci/AP/SIPA

Non, Trump n’a pas promis d’expulser tous les Nigérians 

Quartz Africa a révélé l’aspect mensonger d’une vidéo attribuant d’autres propos à Donald Trump, qui a déjà été visionnée plus de 100 000 fois sur YouTube. « Nous devons expulser les Africains. Pas les Noirs, les Africains, surtout les Nigérians. Ils sont partout (…) et prennent nos emplois », dit le commentaire de ce diaporama sonore mise en ligne le 17 janvier.

Problème : les propos rapportés n’ont jamais été tenus par Donald Trump, ils ont même été publiés pour la première fois par FNN, un site satirique du Nigeria ! Pis, sur la blogosphère nigériane, d’autres sites, à l’instar de nigeriacamera.net, ont été jusqu’à inventer une fausse réplique du président Muhammadu Buhari promettant d’expulser en retour tous les Américains du Nigeria…

Vrai, Trump considère que l’Afrique a un énorme potentiel mais…

Il suffirait pourtant de remonter le fil twitter de @realDonaldTrump pour percevoir l’image que Donald Trump se fait de l’Afrique et des Africains. Fin septembre 2013 par exemple, un internaute lui demandait « pourquoi il détestait tant le continent africain ». Sa réponse a été sans équivoque. « Je ne le déteste pas. [L’Afrique regorge] d’un énorme potentiel », avait-t-il reconnu.

Mais Donald Trump a toujours soutenu que que « la corruption est endémique » en Afrique. À tel point que « chaque penny des 7 milliards versés par [Barack] Obama à l’Afrique sera volé », avait-il lancé. Ou « juste 97 % » de cette somme, ironisait-il encore en 2013.

Oui, pour Trump, l’Afrique du Sud n’est qu’un « bazar plein de criminalité »

Neuf jours après la mort de Nelson Mandela, Donald Trump avait déclaré qu’il aimait Madiba mais que, pour lui, « l’Afrique du Sud est un bazar plein de criminalité prêt à exploser ».

Tout au long de la campagne, le candidat républicain a placé l’immigration au cœur de son propos, promettant même des expulsions en masse. Il a également soutenu l’interdiction de l’entrée des musulmans sur le sol américain. Et le 4 août dernier à Portland, il s’est attaqué vertement à la communauté somalienne installée dans cette ville du nord-ouest des États-Unis.

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Donald Trump raciste ?

Affichant une méconnaissance déconcertante de l’Afrique, le 45e président des États-Unis est-il pour autant raciste ? Dans une chronique publiée fin juillet sur New-York Times, Nicholas Kristof, double lauréat du prix Pulitzer, rappelle que Donald Trump a été, dans le passé, soupçonné de discrimination systématique envers les Noirs dans la location des logements.

Dans la Trump Plaza, Donald Trump ne voyait pas non plus d’un bon œil qu’ « un Noir compte [son] argent », selon les propos du milliardaire rapportés dans le livre de son ancien collaborateur John O’Donnel. À en croire ce dernier, Donald Trump considérait que « la paresse est un trait caractéristique chez le Noir »…

Enfin, dimanche 13 novembre, Trump a annoncé qu’il nommerait Steve Bannon haut conseiller à la présidence. Or ce dernier, l’un des principaux artisans de la victoire du magnat de l’immobilier, est connu pour être un pilier de la « droite alternative », extrême droite nationaliste, favorable à la supériorité de la race blanche et souvent proche des idées du Ku Klux Klan.

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