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Burundi : la FIDH dénonce des atteintes aux droits de l’homme et s’inquiète d’un « risque de génocide » contre les Tutsis

Par Jeune Afrique avec AFP

Le président burundais Pierre Nkurunziza à Bujumbura, le 17 mai 2015 © Jerome Delay/AP/SIPA

La Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) a publié mardi un rapport alarmant sur la situation au Burundi. Meurtres, enlèvements, disparitions forcées, tortures : elle liste les inquiétantes circonstances dans lesquelles le régime burundais organiserait la répression des opposants au président Pierre Nkurunziza.

C’est un rapport long de 200 pages, un inventaire glaçant des exactions commises par le régime burundais ces derniers mois. Après un an et demi d’enquête sur le terrain, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) a publié mardi un rapport documentant les conséquences de la crise politique que traverse le pays depuis qu’un mouvement de contestation s’est opposé à la volonté du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat au printemps 2015.

« Ethnicisation » de la crise au détriment des Tutsis

En mai 2015, un coup d’État manqué et des manifestations violemment réprimées avaient embrasé le pays. Réélu deux mois plus tard, le chef de l’État burundais a poursuivi sa stratégie répressive, qui s’est même « intensifiée », selon le rapport, soulignant la « dynamique génocidaire » de cette politique.

Le climat politique délétère est rendu aujourd’hui encore un peu plus tendu par une « ethnicisation » de la crise. Avec, comme cibles privilégiées des assassinats, détentions arbitraires et autres tortures, les populations Tutsis, désignées comme les ennemis du régime, selon Anschaire Nikoyagize, président d’Iteka, association co-auteure du rapport. »Des crimes contre l’humanité sont en cours et il existe un risque de génocide », prévient même ce dernier.

Concrètement, la FIDH et Iteka estiment que  la crise au Burundi s’est traduite à ce jour par plus de 1 000 morts, 8 000 personnes détenues pour des motifs politiques, 300 à 800 disparus, et a poussé plus de 300 000 personnes à l’exil. Les crimes sont essentiellement l’oeuvre des forces du régime et du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, selon l’ONG, qui pointe notamment le rôle crucial des Imbonerakure, son organisation de jeunesse. Le rapport relève aussi des exactions commises par des groupes armés de l’opposition, notamment les Forces républicaines du Burundi (FOREBU) et la Résistance pour un État de droit (RED-Tabara).

« Fuite en avant criminelle »

« Le régime du président Nkurunziza s’est lancé dans une fuite en avant criminelle pour conserver le pouvoir par tous les moyens », estime Dimitris Christopoulos, président de la FIDH, qui a exhorté la communauté internationale à « agir avant qu’il ne soit trop tard ». L’ONG appelle l’Union africaine et l’ONU à déployer une mission d’imposition de la paix pour protéger les populations civiles et relancer le dialogue politique, au point mort.

Mais le Burundi s’enfonce dans un « isolement » et une « radicalisation » croissants, déplore le rapport, rappelant que le pays a stoppé sa coopération avec les Nations unies et a décidé de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI) en octobre.

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