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Soupçons de financement libyen dans la campagne de Nicolas Sarkozy : nouvelle charge de Ziad Takieddine

Nicolas Sarkozy après une réunion en Libye en 2011. © David Karp/AP/SIPA

Dans une vidéo publiée ce mardi par Mediapart, l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine raconte par le menu son rôle d'intermédiaire dans le présumé financement libyen dont aurait bénéficié Nicolas Sarkozy pour sa campagne présidentielle de 2007. Des affirmations qui interviennent à une semaine du premier tour de la primaire de la droite et du centre, à laquelle participe l'ex-chef de l'État.

« J’ai découvert des choses qui ne méritent plus d’être cachées ». C’est la réponse apportée par Ziad Takieddine pour justifier ses nouvelles révélations dans l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Si celles-ci n’ont rien d’inédit, l’homme d’affaires s’épanche cette fois-ci avec plus de précision sur le rôle d’intermédiaire qu’il aurait joué dans ce dossier. Comme il le rappelle à Mediapart dans cette nouvelle vidéo, il aurait été chargé à trois reprises entre novembre 2006 et janvier 2007 de réceptionner des valises d’argent en Libye pour les remettre au ministère de l’Intérieur de l’époque, dirigé par Nicolas Sarkozy.

Ce que Ziad Takieddine dit dans cette vidéo

Ziad Takieddine rappelle dans un premier temps qu’à cette époque, « les relations entre les services de sécurité des deux pays étaient devenus très importantes ».

En novembre 2006, il est contacté par Abdallah Senoussi, ancien chef du renseignement militaire libyen. Ce dernier lui demande de transporter une première valise en France, contenant environ 1,5 million d’euros, et le rassure sur le déroulement du voyage. « Le ministère de l’intérieur français sera informé, il n’y aura pas de problème », assure t-il. « Ils (les services libyens, Ndlr) avaient confiance en moi », explique Ziad Takiededine à Mediapart.

Pour rejoindre la France, Ziad Takieddine voyage à bord d’un avion de la compagne Air Africa, « comme un passager classique ». Arrivé à Paris, il franchit la douane sans encombres, et prend immédiatement contact avec Claude Guéant, alors directeur du cabinet du ministre de l’Intérieur. Les deux hommes se donnent rendez-vous immédiatement place Beauvau.

Sur place, l’homme d’affaires entre facilement dans le bâtiment, avec la valise. « Il est attendu », répète t-il. Direction : le bureau de Guéant. Les deux hommes se saluent, échangent des amabilités et Ziad Takieddine laisse la valise dans le bureau. « Guéant n’ouvrira pas la mallette,  ne vérifiera rien. Il sait de quoi il s’agit », affirme t-il. L’argent n’est curieusement pas évoqué au cours de leur discussion.

« Nicolas Sarkozy me reçoit personnellement »

Lors de l’interview, Ziad Takieddine confie avoir livré trois valises, en quelques semaines seulement. Même fournisseur, même procédé. Mais lors des deux dernières livraisons, il entre en contact avec Nicolas Sarkozy.

Une première rencontre furtive à l’issue de laquelle l’ex-chef d’État lui glisse : « Passez me voir la prochaine fois, venez directement dans mon bureau ». C’est en effet ce qui se passera pour la troisième livraison.

Début 2007, Ziad Takieddine arrive place Beauvau avec une troisième valise. « Nicolas Sarkozy me reçoit personnellement », assure l’homme d’affaires. Un entretien de « deux à trois minutes », au cours duquel les deux hommes abordent exclusivement la situation des infirmières bulgares. Au moment de partir, Ziad Takieddine remet la valise à Nicolas Sarkozy. Et comme avec  Claude Guéant, « il ne l’ouvrira pas devant [ses] yeux.  »

 Système « mafieux »

En tout, Ziad Takieddine affirme avoir remis près de 5 millions d’euros lors de ses différents voyages. Une information qui corrobore le témoignage d’Abdallah Senoussi devant la CPI le 20 septembre 2012 : « La somme de 5 millions d’euros a été versée pour la campagne du président français Nicolas Sarkozy en 2006-2007. J’ai personnellement supervisé le transfert de cette somme via un intermédiaire français, en la personne du directeur de cabinet de ministre de l’Intérieur. Sarkozy était alors ministre de l’intérieur. Il y avait aussi un second intermédiaire, le nommé Takieddine, un Français d’origine libanaise installé en France (…) Je confirme que cette somme a bien été réceptionnée par Nicolas Sarkozy », peut-on lire sur le procès-verbal d’audition de l’ancien chef du renseignement, selon Mediapart.

Pour finir, Ziad Takiedine qualifie le système mis en place par Nicolas Sarkozy, et auquel il a participé, de « mafieux ». « Même la mafia était un peu plus respectueuse que ça », conclut-il.

Après ces révélations, Nicolas Sarkozy aurait refusé de s’exprimer auprès de Mediapart. De son côté, Claude Guéant a annoncé ce mardi qu’il allait porter plainte, pour la troisième fois, contre Ziad Takieddine pour « diffamation ».

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