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Tunisie : premières auditions publiques pour les victimes de la dictature

Sihem Ben Sedrine, présidente de l'Instance vérité et dignité. © fhimt.com/Wikimedia Commons

La parole sera publiquement donnée aux victimes de violations des droits de l’homme à partir de jeudi, a fait savoir la présidente de l'Instance vérité et dignité (IVD), Sihem Ben Sedrine. Un "moment historique" et une étape essentielle à la transition démocratique, presque six ans après la révolution tunisienne.

Les séances d’audition, programmées pour les 17 et 18 novembre, seront retransmises en direct et en « prime-time » sur plusieurs radios et télévisions tunisiennes à partir de 20h30 (heure locale), et l’IVD remettra préalablement aux journalistes des dossiers résumant le cas de chacune des victimes, a-t-elle ajouté.

Avec cette dizaine de témoignages, les Tunisiens constateront l’ampleur et l’impact des « injustices » commises ces dernières décennies, principalement sous les régimes de Habib Bourguiba et de Zine El Abidine Ben Ali. « Un moment historique que nos enfants et nos petits-enfants étudieront dans les livres », s’est félicitée Sihem Ben Sedrine. « Nous allons prouver au monde que nous pouvons tourner la page du passé et regarder vers l’avenir. »

Un lieu symbolique, affectionné par Leila Ben Ali 

Et le lieu de ces audiences n’a pas été choisi au hasard. Il s’agit du club Elyssa, à Sidi Bou Saïd, ouvert par l’ex-première dame Leïla Ben Ali à deux pas du palais de Sidi Dhrif (appartenant à son mari). Elle y organisait souvent des réceptions privées clinquantes, auxquelles étaient invitées les épouses de ministres et d’hommes d’affaires.

« C’est le symbole de la corruption qui a gangrené le pays pendant des décennies. Un message fort à ceux qui ont pillé le pays et laissé derrière eux de nombreuses victimes ; leur fief est désormais occupé par le peuple qui a longtemps souffert sous leur règne », a expliqué la présidente de l’IVD le 14 novembre lors d’une conférence de presse. « Le choix de ce lieu pour l’audition des victimes, symbole des soirées privées de Leïla Ben Ali, a été inspiré de l’expérience allemande qui jugeait les nazis dans les lieux phares du nazisme. »

Chacune des séances d’audition, prévues jeudi et vendredi, comprendra quatre ou cinq témoignages de victimes, hommes et femmes, issus de différents mouvements politiques et de différentes régions, a-t-elle précisé.  Chaque témoignage durera entre 30 et 45 minutes.

Dossiers les plus lourds

Homicide, torture, viol, entrave à la liberté d’expression… Créée en décembre 2013, l’IVD considère comme victime tout individu, personne morale, ou groupe de personnes ayant subi un préjudice lié à une atteinte à ses droits, de façon directe ou indirecte, pendant la période définie.

Concernant le choix des témoignages, Sihem Ben Sedrine explique s’être basée sur plusieurs critères, comme « la nature des injustices subies », leur gravité, leur époque ou encore leur zone géographique. « Nous ne voulions pas laisser des générations de victimes dans l’oubli, et nous avons opté pour les cas les plus lourds de personnes subissant encore aujourd’hui des séquelles physiques et morales. »

Le président Béji Caïd Essebsi, le chef du gouvernement Youssef Chahed ou encore le président de l’Assemblée des représentants du peuple Mohamed Ennaceur ont été invités par la présidente de l’IVD à assister aux audiences. Ont également été conviés des représentants des missions diplomatiques des « pays frères et amis » ainsi que des responsables d’instances de justice transitionnelle à travers le monde, a-t-elle ajouté.

Depuis sa création, l’IDV a fait l’objet de plusieurs polémiques et sa présidente, Sihem Ben Sedrine, est très controversée, notamment à cause de soupçons de corruption. Depuis le 15 juin 2016, date limite de dépôt, l’Instance a deux ans pour traiter l’ensemble des dossiers retenus.

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