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Colère des instituteurs en Côte d’Ivoire : « Nous voulons une réponse concrète à nos préoccupations »

Dans les rues d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, en août 2015. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Ils sont en colère et le font savoir. Des syndicats d'instituteurs ont entamé un mouvement social pour protester contre la réforme des rythmes scolaires et demander le paiement des rappels de solde, tout en protestant contre la réforme des retraites.

Si les enseignants ont suspendu leur mot d’ordre après le dialogue ouvert par le gouvernement, le syndicaliste Mesmin Komoé, secrétaire général du Mouvement des instituteurs pour la défense de leurs droits (MIDD), explique que la fin définitive du mouvement sera conditionnée aux avancées obtenues lors des négociations avec le gouvernement, qui doivent commencer dans les jours à venir. Interview.

Jeune Afrique – Pourquoi avoir lancé un appel à la grève ?

Mesmin Komoé – Nous avons lancé un premier appel à la grève mi septembre pour protester contre la réforme des rythmes scolaires instituant les cours le mercredi. Cette réforme nous fait passer de 28 heures de cours hebdomadaires à 30 voire 32 heures pour les classes de CM2. C’est un rythme infernal au regard des effectifs.

Nous avons renouvelé l’appel à la grève début novembre pour réclamer le paiement de nos différents arriérés de salaires, et nous avons également rejoint le mouvement contre la réforme des retraites. Cette réforme fait que les fonctionnaires cotisent plus, travaillent plus longtemps, pendant que leur pension de retraite a été baissée de 30 à 50%. Ce n’est pas normal.

Cette réforme des retraites a été décidée en 2012, mais les contestations ont commencé en 2016. Comment expliquer ce décalage ?

Lorsque la réforme a été décidée en 2012, l’institut chargé de verser les pensions de retraites se trouvait dans un déficit structurel. Mais aujourd’hui, ce déficit a été équilibré, nous pensons donc que les pensions des fonctionnaires ne doivent pas être baissées de façon aussi draconienne. À défaut de l’améliorer, il faut les maintenir en l’état.

Vous avez suspendu l’appel à la grève samedi 12 novembre en vue de discussions avec le gouvernement. Où en sont-elles ?

Dès samedi, nous avons eu une rencontre avec le cabinet de notre ministère de tutelle pour que des discussions s’ouvrent. Elles doivent se poursuivre dans les jours à venir. Nous allons donner une chance à ce dialogue en espérant que les discussions ne vont pas s’éterniser et qu’il ne s’agisse pas de manœuvres dilatoires. Nous voulons qu’une réponse concrète soit apportée à nos préoccupations.

Nos assemblées générales vont se tenir pendant les vacances de Noël. Si d’ici là aucune décision concrète ne ressort de ces discussions, j’ai bien peur que la grève ne reprenne.

Qu’attendez-vous précisément de ce dialogue ?

Nous en espérons beaucoup. Concernant la réforme des retraites, nous sommes disposés à discuter pour que les déficits d’hier et ayant failli mettre en péril le paiement des pensions ne se posent pas à nouveau. Il faut pouvoir trouver un système solide et durable, mais qui n’altère pas les systèmes de retraite.

Mais nous voulons que certaines questions soient réglées, notamment concernant la réforme des rythmes scolaires. Lors de notre prochain dialogue avec le gouvernement, nous allons expliquer que ces emplois du temps ne sont pas possibles.

La ministre de l’Éducation, Kandia Camara, vous a vigoureusement enjoint de cesser la grève et le gouvernement a affirmé que ce mouvement pourrait nuire à la cohésion nationale. Quelle est votre réaction ?

Notre mouvement n’a rien illégal. Les organisations syndicales sont responsables. Les problèmes que nous posons sont sociaux, ils existent, ce n’est pas de la fiction.

Il n’est pas question de demander aux fonctionnaires de fermer les yeux sur leurs problèmes. C’est justement l’injustice qui pourrait mettre à mal la cohésion sociale. La justice crée l’ordre, qui crée la discipline et donc nécessairement la cohésion sociale.

Les professeurs du secondaire ne sont pas en grève. Comment expliquez-vous qu’ils ne se soient pas engagés dans le mouvement ? 

Nous allons faire en sorte que pour les prochaines fois, la lutte se mène en symbiose. Car les questions liées aux arriérées de salaires, aux retraites, aux restrictions des libertés syndicales concernent l’ensemble des fonctionnaires, y compris les enseignants du secondaires.

Sur les 17 syndicats qui sont enregistrés officiellement pour l’enseignement primaire, 14 nous ont rejoint dans cette lutte. Nous agissons à l’intérieur de l’intersyndicale de l’enseignement préscolaire et primaire (ISEPP). 

Ce n’est pas une lutte isolée menée par le MIDD, cela concerne l’ensemble des instituteurs, qui l’ont compris. Et dieu merci, ils nous ont rejoints.

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