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Maroc : les initiatives innovantes de la société civile à la COP22

Par - Envoyée spéciale à Marrakech

Manifestation des peuples autochtones à Marrakech le 13 novembre 2016 en marge de la Cop 22. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Dans des stands qui leur sont dédiés, les associations exposent des projets remarquables le temps de la COP22 qui se déroule jusqu'à vendredi, à Marrakech. Voici la sélection de Jeune Afrique.

La zone verte de la Cop 22, ouverte aux associations, est un univers à part entière. Une vraie fourmilière où se côtoient des personnes venues des quatre soins du monde. Couleurs, sourires et ambiance festive, cette zone est aussi un espace de mobilisation autour d’initiatives innovantes présentées pour la première fois. C’est parti pour un tour !

Ait Ben Haddou, le village durable

Loubna et Hicham Guennoun sont les initiateurs de la première expérience de village entièrement éco-durable au Maroc. Situé sur les contreforts du Haut Atlas, le site des Ait Ben Haddou est le plus célèbre des Ksours (villages fortifiés) du sud du Maroc, point de passage des caravanes qui reliaient jadis Marrakech à Tombouctou.

Il a servi de décor pour des films célèbres comme Game Of Thrones, Gladiateur, ou encore Lawrence d’Arabie. Mais la pression touristique et cinématographique a dégradé les bâtisses et détruit le tissu social qui se basait traditionnellement sur l’entraide et une économie participative. Les habitants ont laissé tomber l’agriculture et l’artisanat pour de petits métiers non régulés dans le tourisme et le cinéma. Ils ont abandonné leurs belles maisons en pisé pour aller en construire de nouvelles en béton au pied du village.

« Il ne s’agit pas seulement d’introduire quelques techniques écolos par faire tendance mais de permettre à une  population en voie de déracinement de renouer avec la richesse de son passé ancestral qui a valu à ce village d’être classé par l’UNESCO patrimoine universel de l’humanité », explique Loubna Guennoun. Pour cela, nul besoin de transférer des recettes venues d’ailleurs. Tout est sur place : le pisé, matériau de construction millénaire, les « Khettaras », ces moulins à eau qui irriguaient les champs…

Le jeune couple, qui travaille à la Royal Air Maroc, a des étoiles plein les yeux quand ils parlent de leurs projets pour ce village qu’ils veulent d’ores et déjà labelliser. Bientôt, l’association Ait Aissa qu’ils ont ressuscitée – elle a été créé par le père de Loubna il y a 27 ans – mettra en place un circuit touristique comprenant une école durable, un Ksar réinvesti par ses habitants et un musée de l’oralité où on racontera les histoires et les rituels du passé.

Ici Radio Climat, première radio communautaire !

Il est 12h30. Armel Djatche, journaliste camerounais de 36 ans, vient de rendre l’antenne après une émission de 20 minutes réservée aux associations présentes dans la COP22. Il travaille à Radio Climat, le premier projet de radio associative au Maroc. Pour la première fois, l’autorité audiovisuelle marocaine accorde une fréquence FM à une radio communautaire, au moment où ce genre de radios fait un tabac dans le reste de l’Afrique.

« Nous avons été autorisés à émettre sur la zone de Marrakech sur la durée de la COP qui s’achève ce 18 novembre. Mais c’est un bon signal pour l’avenir », s’enthousiasme Sébastien Nègre, journaliste coordinateur de ce projet.

Créée en septembre dernier, la radio, logée dans un petit box au milieu des stands réservée à la société civile, emploie 18 journalistes du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, de la Palestine mais aussi du Rwanda et de l’Ouganda, sélectionnées suite à un appel à candidature. Elle est soutenue par l’Association mondiale des radios communautaires (Amarc), le Forum Alternatives Maroc (FMAS) et le Conseil national des droits de l’homme (CNDH).

Peuples autochtones, « On veut nos doits ! »

Ils sont l’attraction de la COP22. Les peuples autochtones ont fait beaucoup parler d’eux à Marrakech. Avec leurs costumes amazighs, phillipins et amérindiens, ils ont manifesté dans la ville, le samedi 13 novembre, demandant à ce qu’ils soient parties prenantes de la lutte contre le changement climatique.

« Nous offrons de véritables solutions aux problèmes environnementaux grâce à notre savoir-faire et pratiques traditionnels », affirme la tchadienne Hindou Oumarou Ibrahim, présidente du Forum international des peuples autochtones.

L’accord de Paris les a inscrits dans ses actions. Pendant la première semaine de la COP22, ils étaient quelque 1 200 participants de tous les continents à demander à ce que leurs droits soient respectés. Près de 300 millions d’autochtones sont menacés par les conflits intercommunautaires, la sécheresse et les inondations. 

Dar si Hmad, capter le brouillard

Dans les montagnes des Ait Baâmarane, aux confins du Sahara, les habitants transforment le brouillard en eau potable. Grâce à des filets en polyéthylène installés sur les sommets, l’association Dar Si Hmad Derhem, qui porte le nom d’un résistant marocain contre la colonisation espagnole, piègent les gouttelettes d’eau et les achemine via des canalisations vers le village. La technique, conduite par des femmes, a permis aux habitants d’économiser de l’argent et surtout les longues marches qu’ils enduraient pour aller chercher de l’eau.

Dans cette région semi-aride, les filets peuvent récolter jusqu’à 6 300 litres par jour. Une quantité suffisante pour étancher la soif des 400 ménages qui vivent dans ce village. Exposée lors de la COP 22, cette initiative a fait mouche.

C’est le plus grand système de récolte d’eau de brouillard opérationnel dans le monde, a estimé la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui a remis à cette association le prix « Élan des Nations unies pour le changement climatique » en septembre dernier.

Fière de son succès, l’association Dar Si Hmad veut améliorer son dispositif afin de capter 37 400 litres par jour et pouvoir ainsi servir les villages avoisinants. 

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