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L’approche « une seule santé », pour éviter un nouvel Ebola

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Le Dr. Matshidiso Moeti est la Directrice régionale de l'Organisation mondiale de la santé pour l'Afrique.

L'épidémie d'Ebola a fait 11 000 morts. © AFP

Décembre 2013. Dans un village de la Guinée rurale, un enfant joue dans son jardin. Il tombe malade, et décède quelques jours plus tard. Cet enfant est la première personne à avoir contracté le virus Ebola. C’est le début d’une épidémie sans précédent. 28 000 personnes contaminées dans 10 pays, 11 000 morts.

Les responsables de santé publique pensent que l’enfant a contracté la maladie après avoir eu contact avec un animal sauvage. De nombreuses épidémies de maladies infectieuses ont ainsi commencé.

Aujourd’hui, la croissance démographique, le changement climatique et les déplacements internationaux modifient sans cesse la façon dont les humains, les animaux et leur environnement interagissent, ce qui a parfois pour conséquence des flambées épidémiques. La fièvre aviaire au Nigéria en est un bon exemple.

En outre, l’utilisation excessive et inappropriée des antibiotiques chez les humains et dans l’élevage du bétail a entraîné une augmentation des résistances aux antimicrobiens et du nombre d’infections intraitables. Ces infections à bactéries multi-résistantes remettent en cause l’efficacité même de médicaments essentiels, et pourraient potentiellement emporter jusqu’à 10 millions de vies d’ici 2050.

Approche globale

Pour faire face à d’aussi graves enjeux, le monde ne peut se contenter d’une approche aléatoire de la sécurité sanitaire. Au contraire, il est vital de créer des systèmes de santé publique efficaces, qui s’occupent en priorité de la santé humaine, mais aussi de la santé animale et environnementale, permettant ainsi d’éviter des flambées épidémiques de grande ampleur.

L’approche qui consiste à s’attaquer aux risques sanitaires provenant de l’interface Homme-animal-environnement est appelée « l’approche une seule santé ». Il ne s’agit certes pas d’un concept nouveau, mais sa mise en place à l’échelle mondiale, régionale et nationale est plus vitale que jamais pour protéger la santé et les moyens d’existences des populations en Afrique et dans le monde.

Au niveau mondial, cette approche nécessite une collaboration entre les pays et des organisations et initiatives multinationales. C’est ainsi que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) travaille conjointement avec d’autres organisation pour mettre en œuvre le Règlement sanitaire international (RSI). Le RSI est un instrument juridique contraignant, conçu pour aider les pays à développer et maintenir des capacités et un système de santé publique nécessaires à la prévention, détection, notification et riposte à certaines événements avant qu’ils ne deviennent des situations d’urgence sanitaire internationales.

Déclinaison régionale

À l’échelle nationale, l’approche « une seule santé » implique, d’une part, le renforcement des systèmes de santé publique en intégrant les secteurs de la santé humaine et de la santé animale et, d’autre part, la mise en place d’un personnel de santé publique formé. Il saura alors rapidement identifier les cas suspects de maladie, mener une investigation sur chacun de ces cas et arrêter la transmission de la maladie, avant qu’elle n’engendre des pertes économiques et en vies humaines désastreuses.

Comme l’a montré l’épidémie d’Ebola, les maladies peuvent rapidement traverser les frontières et se propager dans les pays voisins, ce qui souligne la nécessité d’adopter des cadres régionaux et sous-régionaux.

Plus de 15 pays d’Afrique de l’Ouest se sont engagés à mettre en place ce cadre régional.

Lorsque des pays partagent des frontières, ils doivent aussi partager des informations, les meilleures pratiques et travailler conjointement pour éviter, détecter et riposter rapidement aux situations d’urgence sanitaire.

Le Bureau régional de l’Afrique de OMS a développé une Stratégie régionale pour la sécurité sanitaire et les situations d’urgence 2016-2020 qui s’appuie sur l’approche « une seule santé ». Lors de la Conférence Régionale de l’Afrique de l’Ouest sur le sujet, qui a eu lieu du 8 au 11 novembre 2016, les ministres de plus de 15 pays d’Afrique de l’Ouest se sont engagés à mettre en place ce cadre régional. Ces initiatives contribueront ensemble à faire progresser les objectifs de l’ambitieux Programme de transformation de l’OMS.

En quête de financements

Sur cette base, et dans le cadre de leurs efforts pour renforcer les systèmes de santé publique ainsi que pour atteindre les objectifs de la couverture universelle, l’Afrique et le monde doivent pleinement s’engager à accorder priorité et financements à l’approche « une seule santé ».

Nous approchons la date d’un évènement funeste : décembre 2016 marquera en effet le troisième anniversaire du premier cas de l’épidémie d’Ebola survenue en Afrique de l’Ouest en 2014. Des maladies infectieuses se propagent encore sur le continent. Il faut agir dès maintenant, nos vies et nos économies en dépendent.

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