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Ségolène Royal : « Les projets liés aux énergies renouvelables seront gérés par les Africains »

Par - envoyée spéciale

Ségolène Royal à Paris lors du Sommet des consciences pour le climat à Paris en juillet 2015. © Jacques Brinon / AP / SIPA

En déplacement à Marrakech à l'occasion de la COP 22, la ministre française de l'Environnement et gardienne de l'esprit de l'accord de Paris a annoncé l'installation prochaine d'une antenne auprès de la Banque africaine de développement (BAD). Cette antenne gérera les dix milliards de dollars mobilisés pour les initiatives africaines en matière d'énergies renouvelables. Interview.

À Marrakech, la ministre française de l’Environnement est sur tous les fronts pour s’assurer de l’avancement de la réalisation de l’accord de Paris et des nombreux mécanismes auxquels il a donné naissance. Mais son cheval de bataille reste le développement des énergies vertes en Afrique, résultat d’un périple dans 17 pays africains cette année.

Près de 400 projets sont programmés. Et les premières annonces de financement auront lieu ce mercredi.

Vous êtes à Marrakech pour accélérer les projets d’énergie verte en Afrique. Dans votre rapport sur les initiatives africaines pour les énergies vertes, vous avez identifié 240 projets de ce type. Doit-on s’attendre à des annonces lors de la Cop 22 ?

Ségolène Royal : Le coordinateur du déploiement de cette initiative, lancée lors de la Cop 21 à Paris, est le président guinéen, Alpha Condé. Il annoncera, ce mercredi 16 novembre, le nom du premier projet à financer ainsi que la mise en place de l’antenne dédiée à la gestion de cette initiative et qui sera dépendante de la BAD, en étroite collaboration avec l’Union Africaine (UA). La mission de cette antenne sera de coordonner l’ensemble des flux financiers dédiés aux énergies renouvelables, et qui équivalent à dix milliards de dollars. Son fonctionnement sera assuré par un co-financement franco-allemand : six millions d’euros pour la France et deux millions pour l’Allemagne.

Comment cette antenne va-t-elle fonctionner ? Va-t-elle suivre le modèle de l’agence panafricaine d’électrification proposée par Jean-Louis Borloo, qui veut centraliser les fonds pour l’Afrique ?

Non, jean-Louis Borloo n’a pas de fonds. Cette antenne est destinée à l’Afrique et va être gérée par les Africains, qui prendront eux-même les décisions de financement. Le 20 septembre 2016, à l’occasion de la réunion des chefs d’États africains sur l’initiative africaine pour les énergies renouvelables, j’ai remis mon rapport sur cette question à Alpha Condé, précisément pour qu’il serve d’outil de décision. Et ce mercredi 16 novembre, je suis invitée à prendre part à une réunion de suivi.

Dans la liste des 240 projets que vous avez identifiés, certains pays africains sont absents comme le Gabon, la Guinée équatoriale, la Guinée Bissau ou encore la Mauritanie… Pourquoi ?

Je pense que ces pays ont des projets déjà financés. J’ai choisi les projets durs à démarcher, et qui avaient besoin d’un soutien pour pouvoir être réalisés (le barrage Inga III en RDC, le parc éolien du Golfe de Suez en Egypte, etc). Je tiens à préciser que la BAD a rallongé la liste initiale que j’ai établie. Nous ne sommes plus à 240 projets mais désormais à 400.

Certains pays africains sont surendettés et n’ont plus la capacité de contracter de nouveaux prêts. Vont-ils être exclus de ces financements?

Il serait absurde de les en priver. Nous réfléchissons actuellement à un mécanisme d’assurance et de sécurisation des bailleurs de fonds, pour que ces pays surendettés puissent emprunter à nouveau. Ce mécanisme n’est pas encore ficelé, mais il permettra à tous les pays africains d’accéder aux dix milliards de dollars mobilisés dans le cadre de l’initiative sur les énergies renouvelables.

Une grande partie des financements climatiques bénéficient à l’effort d’atténuation des gazs à effet de serre, c’est-à-dire principalement aux projets d’énergies renouvelables, au détriment des projets d’adaptation (construction de digues, réduction de la salinisation des terres…). Comment comptez-vous y remédier ?

Notre objectif est d’arriver à instaurer un équilibre au niveau du financement entre les projets liés à l’adaptation et ceux portant sur l’atténuation, sachant que ces derniers sont aussi déclencheurs de développement et créateurs d’emploi. C’est pourquoi, lors de ce sommet de Marrakech, la France annoncera une augmentation de sa participation relative à l’adaptation : elle sera de 200 à 300 millions d’euros.

Seuls 21 pays africains ont ratifié l’accord de Paris. S’agit-il d’un simple retard ou d’une réticence de leur part ?

Ni l’un ni l’autre. C’est vraiment une question de procédures et je trouverai formidable qu’ils le fassent pendant la conférence de Marrakech.

L’élection de Donald Trump est une mauvaise nouvelle pour la lutte contre le changement climatique. Êtes-vous inquiète ?

Les discours qu’il a tenus lors de sa campagne présidentielle [sur le retrait des États-Unis de l’accord de Paris par exemple, ndlr] sont très inquiétants en effet. Mais il va falloir attendre et observer s’il y a un écart entre les discours et les actes. En toute franchise, je ne pense pas que les États-Unis  puissent faire marche arrière sur un accord qu’ils ont ratifié. Ils sont par ailleurs eux-même victimes du dérèglement climatique, comme le montrent les inondations à Miami, les tempêtes et les incendies en Californie, etc. D’autre part, les entreprises américaines et les fonds d’investissement impliqués dans la croissance verte ne laisseront pas faire. Il y a trop d’enjeux pour que cette promesse électorale puisse être traduite dans la réalité.

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