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RDC : de l’art de « glisser »

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Trésor Kibangula est spécialiste de l'Afrique subsaharienne, particulièrement de la région des Grands Lacs. Il s'intéresse également à l'évolution de nouveaux médias et au datajournalisme.

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Joseph Kabila, président de la RDC, le 24 octobre 2010 à Montreux. © Dominic Favre/AP/SIPA

Loin devant le football, le "glissement" s'érige désormais en sport roi en RDC. Peu importe l'importance de la question, les délais ne sont que très rarement respectés. Ici, la règle, c'est de glisser. Glisser, glisser, glisser !

« Tant que ce n’est pas une glissade, tout va bien », m’avait d’ailleurs lancé, il y a quelques mois, un cadre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), principale formation politique de la coalition au pouvoir. Une façon de justifier le « glissement » du calendrier électoral – entendez le report du vote. Les scrutins présidentiel et législatifs étaient en effet prévus le 27 novembre, conformément aux délais constitutionnels. Ils n’auront plus lieu à cette date.

Dans tous les cas, la Constitution du pays ne dit-elle pas qu’« à la fin de son mandat, le président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu » ? S’appuyant sur une interprétation de cette disposition constitutionnelle équivoque, le camp du président Joseph Kabila n’a guère montré sa disposition à respecter les échéances. En l’état actuel de la Loi fondamentale congolaise, le second et dernier mandat du président actuel arrive pourtant à terme le 19 décembre.

Au pays du glissement, mieux vaut rester prudent !

Mais, pour la Majorité présidentielle (MP), tant que la présidentielle n’aura pas été organisée et un nouveau chef d’État élu, son champion pourra camper au palais de la Nation. Alors, on glisse. Jusqu’en 2018 ? Pour l’instant, c’est ce que prévoit l’accord politique conclu le 18 octobre à Kinshasa avec une petite partie de l’opposition congolaise, conduite par Vital Kamerhe, les gros poissons – Étienne Tshisekedi et Moïse Katumbi entre autres -, ayant boycotté ces assises.

À ce stade, rien ne garantit le respect des délais mentionnés dans l’accord politique, notamment celui relatif à la convocation des scrutins au 30 octobre 2017. En principe, à partir de cette date, la Commission nationale électorale indépendante (Ceni) doit « organiser les élections du président de la République, des députés nationaux et provinciaux dans un délai de six mois », stipule le texte.

Comment glisse-t-on ?

Mais au pays du glissement, mieux vaut rester prudent ! C’est pourquoi les négociateurs de cet accord ont inséré une clause recommandant à la Ceni, en collaboration avec le comité de suivi qui sera mis en place d’ici le 18 novembre (si on ne glisse pas), de « procéder à l’évaluation de son calendrier pour s’assurer de sa mise en oeuvre et en tirer toutes les conséquences pour son parachèvement ». N’y voyez aucun fatalisme.

Glisser, c’est tout un art en RDC. Et ceux qui le maîtrisent le défendent avec brio. Sans rire. Peu importe s’il faut piétiner les accords. Celui conclu le 18 octobre ne disposait-il pas, noir sur blanc, dans son article 17c, qu’« il sera procédé, dans les 21 jours de la signature du présent accord, à la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale (…) » ?

Le 8 novembre, au lieu de la mise en place de cette nouvelle équipe gouvernementale, c’est une conférence de presse qui a été convoquée à Kinshasa. Et, avec tout le sérieux du monde, on a essayé, malgré les huées des journalistes, de justifier ce nouveau « glissement ».

Comme toujours, il ne faut surtout pas avancer les vraies raisons, les vraies causes du retard. Il ne faut donc pas dire que les tractations sont encore en cours pour obtenir un compromis beaucoup plus large. Dites : le chef de l’État n’a eu connaissance du document que six jours après sa signature. Le tour est joué, et hop. On glisse. Encore une fois…

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