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États-Unis : comment la diaspora africaine réagit-elle à l’élection de Donald Trump ?

Le candidat républicain à la Maison Blanche Donald Trump s'adresse aux délégués de la Convention nationale républicaine le 21 juillet 2016 à Clevelend, Ohio. © AFP

Pour Dominique Siby, Gabonais installé à Miami, "il fallait stopper le monstre Trump". Voilà qui est raté. Après l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le 9 novembre, les Africains résidant aux États-Unis nous confient leurs espoirs, mais surtout leur peur de l'avenir.

Dominique Siby, chef d’entreprise gabonais à Miami

« Tout le monde s’attendait à ce que soit Hillary Clinton. J’ai encore assisté à un concert hier soir à Miami avec des rappeurs et tout le monde était en faveur de Clinton. Le mot d’ordre, c’était qu’il fallait stopper le monstre Trump. Mais pour ma part, je ne suis pas surpris. Cela fait plusieurs semaines que je disais qu’il allait gagner. Il y avait des indices qui laissaient penser à sa victoire.

La campagne d’Hillary Clinton a beaucoup fonctionné avec le show business ces dernières semaines. On a vu Katy Perry, Jay-Z, Beyoncé, alors que Trump faisait ses meetings tout seul. Hillary cherchait à redonner de l’élan à sa campagne. C’est donc qu’il y avait un problème. Les Américains se sont dits : Donald Trump n’est pas bon, Hillary non plus, donc pour qui allons-nous voter ? Et, au final, c’est Trump qui passe.

Élire quelqu’un comme lui, ça ne peut arriver qu’aux États-Unis. Finalement, il a fait un très bon discours, après les résultats. Je pense que le président Trump ne sera pas le même que le candidat et qu’il fera les choses bien, en s’entourant des bonnes personnes. »

Roland Adjovi, président béninois du groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, à Philadelphie

« J’avais été particulièrement impressionné par l’élection de Barack Obama et c’est le même peuple qui a élu Trump. Par constance, il faut donc se plier aux résultats. Mais, désormais, il va surtout falloir unir un peuple profondément divisé, sur des bases parfois raciales. Il faut attendre de voir ce que Donald Trump fera par rapport à ce qu’il a promis, mais il y a de toute façon déjà plusieurs conséquences.

D’abord, les politiciens professionnels doivent revoir leur copie. Ensuite, il faut améliorer les moyens d’informer le peuple car la démocratie ne peut fonctionner que si le peuple est correctement informé. Il faut revoir les moyens de la politique. Les leçons sont à tirer pour tous les pays et pour toutes les sociétés. »

Aïssatou Bah, étudiante guinéenne à Atlanta

« Donald Trump a dit énormément de choses depuis qu’il a débuté sa campagne et toutes ont été négatives. Il a attaqué les Musulmans, les Mexicains, les Noirs… Quasiment toutes les minorités. Il a exprimé des sentiments que beaucoup d’Américains ressentaient mais n’osaient pas montrer. Je suis inscrite dans une université où la plupart des élèves sont blancs et je vis dans le sud des États-Unis où une partie de la population rejette l’égalité des droits et la communauté noire.

Donald Trump banalise la haine de l’autre.

Maintenant que Trump a été élu Président, tous ceux qui n’osaient pas exprimer leur opinion vont pouvoir le faire. Il n’y a plus de peur à avoir à ce sujet pour ces personnes. Donald Trump banalise la haine de l’autre, il la promeut. À partir de maintenant, je ne me sens déjà plus en sécurité. Je sais que je peux être attaquée à tout moment, et que cela ne fera qu’empirer. »

Moussa Inoussa, technicien en pharmacie à Des Moines

« Après plus de deux ans de campagne, les élections se sont finalement terminées avec la nomination d’un président businessman à la tête d’un des pays les plus riches du monde. Les leçons qu’on peut en tirer sont multiples. D’abord, il y a clairement un retour en force de l’extrême droite. Ensuite, je crois que les minorités ignorent encore et toujours leur poids politique.

En ayant refusé de sortir massivement pour accompagner le bilan du premier président noir de l’histoire des États-Unis, celles-ci risquent de le regretter demain. Il reste toutefois quelque chose de positif dans l’élection de Donald Trump : le respect de la volonté populaire. Il n’y aura pas de hold up, comme dans beaucoup de pays africains. Je souhaite que cela inspire les forces vives africaines. »

Zina Touré, enseignante et musicienne guinéenne à Minneapolis

« Après la déception de ne pas avoir vu Bernie Sanders remporter la candidature démocrate, les électeurs se sont retrouvés face à deux candidats  : Hillary Clinton, qui suscitait peut d’enthousiasme avec une plateforme pas suffisamment progressive et trop guerrière, et Donald Trump, un businessman sans aucune expérience politique, vulgaire dans ses propos, raciste, xénophobe et sexiste. Il a insulté les Musulmans, les Noirs et Hispaniques de ce pays. Il a menacé de remettre au goût du jour des pratiques de tortures jugées inhumaines, de refuser le droit à avorter aux femmes, de quitter l’Otan (Organisation du traité atlantique nord, ndlr), de refuser l’entrée aux musulmans dans le pays… 

Trump a réveillé l’Amérique raciste.

Le pire est que cet homme est devenu une figure politique en questionnant la nationalité du président Barack Obama. Il a gagné la sympathie et le soutien de ceux qui pensent qu’il faut être blanc, hétérosexuel et chrétien pour avoir des droits aux États-Unis. Il a réveillé l’Amérique raciste. C’est un jour très triste pour ce pays.

Dans un climat où Black lives matter, le groupe activiste né pour combattre les brutalités policières rencontrées par les Noirs aux États-Unis a fait tellement d’avancées, Trump et surtout le « trumpisme » ramènent l’Amérique des centaines d’années en arrière. Pour la diaspora, c’est un vrai cauchemar de se retrouver à observer un pays tel que les États-Unis donner la présidence à quelqu’un qui peut rappeler à beaucoup les pires démagogues et les despotes africains. »

Marius Muhunga, journaliste de RD Congo, en formation à Washington DC

« Les sentiments de la communauté congolaise vivant aux États-Unis sont partagés entre craintes et espoirs. Beaucoup d’Américains d’origine congolaise n’ont d’ailleurs pas voté, pris entre la peur de vivre ici comme immigré sous Donald Trump et le sentiment patriotique envers la RD Congo. Hillary Clinton avait certes un discours inclusif, progressiste, et émancipatoire. Mais elle était aussi vue par les Congolais comme très proche du président rwandais Paul Kagame, donc soutenant Joseph Kabila.

Donald Trump voulait au contraire en finir avec la « tradition Clinton », dont Kagame et alliés font partie. Beaucoup de Congolais ont eu le sentiment que la situation politique actuelle pourrait changer avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche. « Pourvu que cela change quelque chose chez nous », se disent-ils aujourd’hui. »

Emelyne, consultante burundaise en économie du développement à Albany

« Je vois tous ces racistes qui m’insultaient dans la rue et qui, bientôt, pourront peut-être entrer chez moi pour me chasser. Je pense à ce que je vais devenir, vu que même des familles américaines sont divisées et ne se parlent plus.

Normalement, je soutiens la politique des républicains, parce qu’ils défendent les valeurs chrétiennes. Mais sur le terrain, Donald Trump incarnait tout le contraire. Il est raciste, sexiste et misogyne. En réalité, la personne qui portait tous nos rêves, c’était Bernie Sanders [challenger d’Hillary Clinton lors de la primaire démocrate, NDLR]. Aujourd’hui, je ne peux ni retourner au Burundi, où ma famille a été persécutée, ni rester aux États-Unis. »

Vincent-Sosthène Fouda, enseignant-chercheur, socio-politologue camerounais à l’université de Houston

« Les industries de sondages, voire de fabrication de l’opinion publique, nous ont présenté un Donald Trump grossier et raciste, mais c’est ce Donald-là qui, quelques minutes après sa victoire, s’est empressé d’appeler Ben Carson [ancien candidat africain-américain à la primaire républicaine] sur le podium. Ce sont des actes qui marquent, dans les banlieues, tours et barres. Aujourd’hui, entre à la Maison Blanche un antisystème, un homme ordinaire bien que milliardaire, présenté comme mégalomane erratique et aventurier.

Trump a su entendre le cri de révolte contre la mondialisation sauvage.

C’est un homme qui a su entendre le cri de révolte poussé par le peuple contre la mondialisation sauvage. Ce vote exprime une demande de respect du sentiment populaire, que je crois partagée par une large majorité, notamment dans les pays du Sud et au Cameroun en particulier. Cette majorité silencieuse, ignorée dans nos médias, instituts de sondage ou écoles de fabrique des élites, doit être entendue et comprise. » Lire l’intégralité de la tribune de Vincent-Sosthène Fouda.

Thierno Amadou Bah, étudiant guinéen à New York

« Je n’arrive toujours pas à croire qu’un homme aussi grossier puisse être déclaré président des États-Unis ! C’est le pire des scénarios que l’on aurait pu imaginer. Je croise les doigts en espérant que Trump va encore faire du Trump, c’est-à-dire, surprendre le monde en revenant sur certaines de ses inimaginables promesses de campagne. À écouter son premier discours de Président élu, tout espoir ne semble pas perdu« .

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