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« Complément d’enquête » : une filiale camerounaise du groupe Bolloré porte plainte contre France Télévisions

Par Jeune Afrique - avec AFP

Vincent Bolloré à Paris le 22 juin 2016. © Kamil Zihnioglu/AP/SIPA

La société camerounaise Socapalm, dont le groupe Bolloré détient une participation minoritaire (20% en 2014) via la holding luxembourgeoise Socfin qu'il contrôle à 38,7%, vient de déposer une nouvelle plainte en diffamation contre l’émission, intitulée « Vincent Bolloré, un ami qui vous veut du bien ? » diffusée pour la première fois le 7 avril 2016 par France 2.

Et de deux plaintes. L’émission intitulée « Vincent Bolloré, un ami qui vous veut du bien ? », qui avait été diffusé pour la première fois le 7 avril dernier par France 2, accumule les poursuites judiciaires. Après sa rediffusion le 21 juillet 2016, le groupe Bolloré avait déjà porté plainte contre France 2 pour diffamation, et réclamait à la chaîne 50 millions d’euros « afin d’obtenir réparation devant le Tribunal de commerce de Paris de son préjudice ».

C’est au tour de la filiale camerounaise, la Société Camerounaise de Palmeraies (Socapalm), d’attaquer l’émission. France Télévisions, sa présidente Delphine Ernotte, le journaliste présentateur de l’émission « Complément d’enquête », Nicolas Poincaré, et l’auteur du reportage, Tristan Waleckx, ont été « assignés par la Socapalm devant le tribunal correctionnel de Douala », a indiqué le groupe audiovisuel dans un communiqué cité par l’AFP. La date de dépôt de la plainte n’a pas été précisée.

Des conditions de travail contestées

Le reportage évoquait les conditions de travail dans une plantation de la Socapalm avec notamment le témoignage d’un salarié présenté comme mineur. La Socapalm est actuellement détentrice d’un bail de 55 ans qui lui a été délivrée en 2005 et qui porte sur 55 000 hectares dédiés à l’exploitation de palmiers à huile. Le produit de ses activités ordinaires s’est établi à 77,8 millions d’euros en 2015, en hausse par rapport 68,9 millions d’euros comptabilisés en 2014, selon les chiffres communiqués par la Société Financière des Caoutchoucs (Socfin) dans son rapport annuel.

Dans un communiqué publié après la rediffusion, le groupe Bolloré estimait que le reportage comportait « des erreurs manifestes et des diffamations délibérées [lui portant] préjudice ».

Bolloré dément tout lien avec la nouvelle plainte

À en croire le porte-parole du groupe Bolloré, l’industriel breton ne serait pas à l’origine de la plainte fraîchement déposée par la Socapalm. « Elle est le fait de Socapalm, dont le groupe Bolloré est l’actionnaire minoritaire et non gestionnaire », a-t-il précisé à l’AFP.

Les relations de la Socapalm avec ses riverains sont fréquemment contestées par ces derniers qui estiment par exemple insuffisantes les distances entre leurs propres plantations et celles du groupe industriel.

En décembre 2010, quatre ONG avaient saisi le Point de contact national (PCN) français de l’OCDE sur la situation des riverains de la Socapalm. En 2013, « un plan d’action de nature à apporter des solutions adéquates pour les travailleurs et les populations riveraines de la Socapalm », selon le groupe Bolloré, avait été défini. Et une rencontre avec l’alliance des paysans riverains de Socfin, qui représente plusieurs milliers de paysans du Cameroun, de Sierra Leone, de Côte d’Ivoire et du Liberia, avait été tenue à Paris en octobre 2014.

Hasard du calendrier, une nouvelle marche de protestation est d’ailleurs prévue par les riverains de la Socapalm le 14 novembre au sujet « des différends opposant la Socapalm et les riverains », selon un communiqué de la Synergie nationale des Paysans et Riverains du Cameroun parvenu à Jeune Afrique.

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