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Tunisie : décès de Mohamed Masmoudi, ministre de Bourguiba et défenseur de la cause arabe

Mohamed Masmoudi (deuxième ligne, à gauche) dans le gouvernement tunisien présidé par Habib Bourguiba, en 1970. © Habib Osman/CC/Wikimedia Commons

La famille de l’homme politique tunisien Mohamed Masmoudi a annoncé son décès ce lundi soir, à l'âge de 93 ans.

« Mon valeureux et passionnant père n’est plus. L’apprenti pêcheur, un des grands militants, le négociateur de notre indépendance, le précieux ministre de la Tunisie s’est éteint vers 21h hier », a écrit le 8 novembre son fils, Mohamed Mouez Masmoudi, sur son profil Facebook.  « Je perds mon plus grand Amour, mon guide et ultime référence, l’un des plus grands hommes politiques que notre pays a connu. Notre patrie perd un de ses libérateurs et bâtisseurs ! »

Son inhumation a eu lieu mardi 8 novembre, à Mahdia, sa ville natale située au nord-est du pays.

Un homme d’État

Fils de pêcheur, il a fait face à plusieurs vagues dans sa carrière, comme il l’expliquait dans une émission radio diffusée en septembre 1977 sur France Inter. La plus brutale vint de Habib Bourguiba, qu’il avait « servi durant sa splendeur », après l’indépendance tunisienne. Une indépendance pour laquelle il a œuvré au sein même de l’État.

Ministre d’État (1954) puis ministre de l’Économie (1956) dans le gouvernement de Tahar Ben Ammar, il a participé aux négociations des conventions d’autonomie interne de la Tunisie vis-à-vis de la France et a fait partie de la délégation ayant assisté à la cérémonie de proclamation de l’indépendance tunisienne au Quai d’Orsay, le 20 mars 1956.

Au lendemain de cette indépendance, il occupe successivement les postes de secrétaire d’État à l’Information (1958) –dont il est limogé à cause de certaines de ses positions-, secrétaire d’État au Tourisme (1960), puis ambassadeur de Tunisie en France de 1965 à 1970. À son retour en Tunisie cette année-là, il remplace le fils du président Bourguiba en tant que ministre des Affaires étrangères. Poste qu’il occupera jusqu’à son projet mort-né d’une union entre la Tunisie et la Libye.

Principal instigateur de l’Accord de Djerba – signé le 12 janvier 1974 par Habib Bourguiba et le colonel Kadhafi, il ne prévoyait qu’ « une seule Constitution, un seul drapeau, un seul Président, une seule armée, les mêmes pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires » -, Mohamed Masmoudi est relevé de ses fonctions après l’avortement de cette « République arabe islamique », à laquelle s’est opposé le Premier ministre de l’époque Hédi Nouira.

Réunification du monde arabo-musulman

« Peiné » de cette décision et de la brouille qui s’en est suivie avec Bourguiba, il s’exile pendant de longues années aux Émirats arabes unis et en France, avant de revenir au pays sous Ben Ali. Plus tard, en 1977, il admet sur France Inter avoir « la faiblesse de toujours vouer une grande reconnaissance » à Habib Bourguiba.

Il regrette surtout d’avoir « laissé faire ceux qui n’avaient pas […] compris la nécessité de promouvoir une structure inédite de rapprochement avec nos voisins ». Une réunification du monde arabo-musulman à laquelle il croyait dur comme fer.

En 1977, Mohamed Masmoudi, qui se définissait lui-même comme « un homme passionné », publie à ce sujet Les Arabes dans la tempête ; un plaidoyer pour la réconciliation des nations arabes, basé sur ses rencontres avec les principaux responsables de la région.

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