France : pour éviter « la guerre civile », Éric Zemmour favorable à la déportation des musulmans ?

Éric Zemmour a déjà été condamné pour incitation à la haine raciale. © AFP

Le polémiste français controversé Éric Zemmour a une nouvelle fois provoqué l'indignation. Dans une interview accordée à un journaliste italien, fin octobre, il a attaqué les "musulmans à l'intérieur des Français" qui mèneraient la France au "chaos et à la guerre civile".

L’entretien aurait pu passer inaperçu et la nouvelle saillie d’Éric Zemmour contre les musulmans rester lettre morte. Publié le 30 octobre dans le quotidien italien Corriere della Serra, l’échange, a été repéré le 15 décembre par le coprésident du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon. Et une nouvelle fois, l’essayiste français livre une tragique vision de l’Histoire, et de l’avenir, sur fond de xénophobie.

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Éric Zemmour estime notamment que les musulmans "vivent entre eux, dans les banlieues", que "les Français ont été obligés de les quitter". Les Français de confession musulmane, soit 4 à 6 millions de personnes, habitant les banlieues ou non, apprécieront. Mais la sociologie selon Zemmour ne s’arrête pas là. L’auteur du "Suicide français" se fait prophète : "Cette situation d’un peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français, nous conduira au chaos et à la guerre civile".

"Le drame qui va venir"…

"Mais alors que suggérez-vous de faire : déporter 5 millions de musulmans français ?", le questionne alors le journaliste italien, qui expliquera ensuite sur le site internet du Figaro ne pas avoir employé le terme de "déporter" mais l’avoir ajouté en retranscrivant ses notes. "Je lui ai posé la question suivante : ‘Mais vous ne pensez pas que ce soit irréaliste de penser qu’on peut prendre des millions de personnes, les mettre dans des avions ou dans des bateaux pour les chasser ?’"

Réponse de Zemmour : "Je sais, c’est irréaliste, mais l’Histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 qu’un million de pieds noirs, vingt ans plus tard, seraient partis d’Algérie pour revenir en France ?". Faut-il comprendre qu’Éric Zemmour ne verrait pas d’un mauvais œil la déportation de la communauté musulmane de France, majoritairement de nationalité française ?

Non, répond-il, une nouvelle fois prophétique : "Je regrette le drame qui va venir, je ne le souhaite certainement pas". Et Zemmour, qui a déjà été condamné pour incitation à la haine raciale, de dénoncer aujourd’hui "un emballement médiatique et politique qui ne repose sur rien" et une "volonté de (lui) nuire".

"Une France en petit, une France en dépit, une France en repli"

L’association SOS Racisme a, une nouvelle fois, annoncé, mardi 16 décembre, qu’une plainte, notamment pour… incitation à la haine raciale, devait être déposée à Paris en fin de semaine, tandis que, le même jour, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve affirmait "son soutien aux musulmans de France odieusement attaqués et appell[ait] tous les républicains à réagir et à manifester leur solidarité".

Hasard du calendrier, la veille, lundi 15 décembre, François Hollande inaugurait, sept ans après son ouverture, la Cité de l’Immigration à Paris. À cette occasion, le président de la République a fustigé ceux qui agitent la peur d’une "dislocation" de la France, qui "ne peut tolérer qu’un citoyen soit agressé pour sa religion, sa couleur de peau, ses origines".

Exhortant à ne pas laisser "la place vide pour des discours qui instrumentalisent la peur de la dissolution, de la dislocation, de la disparition", il a mis en garde contre ceux "qui rêvent d’une France en petit, une France en dépit, une France en repli, bref une France qui ne serait plus la France". Une anaphore de plus, certes, mais un motif d’optimisme : l’Hexagone n’est sans doute pas aussi rance que le plus médiatique de ses polémistes.

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Par Mathieu OLIVIER

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