Fermer

RD Congo : « Plaidoyer pour la vie », Denis Mukwege par Denis Mukwege

Le Dr Denis Mukwege, lors de son passage à Paris, en mars 2016. © Bruno Lévy pour J.A.

Sortie fin octobre, l’autobiographie du docteur Denis Mukwege, "Plaidoyer pour la vie", est à la fois un récit de la catastrophe humanitaire qui sévit dans l’est de la RDC depuis quinze ans et un réquisitoire politique à destination d’un gouvernement qui s’obstine dans le déni.

« Plaidoyer pour la vie ». C’est sous ce titre qui devrait mettre tout le monde d’accord que le Congolais Denis Mukwege a publié son autobiographie, le 26 octobre, aux éditions L’Archipel. Celui qui était déjà le sujet de L’homme qui répare les femmes, de Colette Braekman, et de Panzi, qu’il a co-écrit avec le chirurgien belge Guy-Bernard Cadière, livre cette fois, seul, le récit émouvant de son parcours hors du commun.

Enfant heureux de Bukavu, fils d’un pasteur protestant admiré, Denis Mukwege raconte ses années de scolarité, ses études contrariées par le mobutisme puis ses années au Burundi et en France. Il détaille la façon avec laquelle, propriétaire de deux pousse-pousses à Kinshasa, il finançait tant bien que mal son rêve de devenir chirurgien, alors que le régime de Mobutu le poussait à suivre des études d’ingénieur.

Un Kabila « condescendant »

Devenu chirurgien obstétrique, le natif de Bukavu n’en était pourtant pas au bout de ses peines. Et va surtout se heurter à l’hostilité croissante de son propre gouvernement. Ainsi, alors qu’il prononce un discours aux Nations unies pour la première fois en 2006. « Invité à m’exprimer devant l’Assemblée générale des Nations unies, je constate que tous les ambassadeurs sont présents, sauf un : le représentant de mon pays », explique-t-il.

Et la situation ne fera qu’empirer, notamment lors de la visite de Joseph Kabila à Panzi en 2010… pour rencontrer les victimes de l’incendie provoqué par l’accident d’un camion-citerne ayant fait 279 morts à 70 kilomètres de Bukavu. Denis Mukwege avait alors échoué à intéresser le président congolais à la situation des femmes violées du Kivu. « Ce n’est pas pour rencontrer les femmes qui ont été victimes de violences sexuelles que j’ai fait ce déplacement », avait alors déclaré Joseph Kabila, « condescendant », selon le médecin.

« Combien de temps devrons-nous vivre ainsi ? »

Menaces, notamment d’un officiel congolais à New-York, attaque sur sa personne, en 2012 à son domicile de Bukavu, intimidations… Denis Mukwege n’a rien oublié de l’opposition systématique que lui réservent les autorités de son pays. Il a peu à peu pris la figure, sans réellement en avoir l’intention, d’un opposant au régime de Joseph Kabila.

« Je suis plus que jamais exposé et je ne quitte plus l’hôpital », explique-t-il. « Mais combien de temps devrons-nous vivre ainsi, comme dans une prison ? Mon seul espoir, ce sont les prochaines élections présidentielle et parlementaire en RDC ». « Un président, après deux mandats, ne peut être réélu. (…) Certains de ses partisans souhaitent violer la Constitution. (…) J’espère sincèrement que cela ne sera pas le cas », écrit-il encore dans les dernières pages de son autobiographie.

Et de conclure : « Ce que je souhaite par-dessus tout, c’est que le nouveau pouvoir se sente concerné par la situation des femmes (…). C’est pour ce jour que je me bats et que je mets ma vie en danger. Je veux voir ce jour arriver, c’est mon vœu le plus cher. »

 

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici