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Migrants : la gardienne de l’équipe de foot de Gambie meurt en Méditerranée

Par Jeune Afrique

Des migrants subsahariens lors d'une opération de secours en Méditerranée, le 21 juillet 2016. © Santi Palacios/AP/SIPA

Fatim Jawara, 19 ans, gardienne de but de l'équipe féminine nationale de football, s'est noyée en tentant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l'Europe, a indiqué à l'AFP son ancienne entraîneuse, Chorro Mbenga, sélectionneuse nationale adjointe des moins de 17 ans. Elle fait partie des plus de 3 800 morts en mer Méditerranée depuis janvier 2016.

Les derniers chiffres du Haut-Commissariat pour les réfugiés de l’ONU (HCR), révélés la semaine dernière, rapportaient qu’au moins 3 800 personnes ont péri ou ont disparu en mer depuis janvier 2016, soit « le bilan le plus élevé jamais enregistré ».

Fatim Jawara, qui venait de fêter ses 19 ans, a perdu la vie dans un bateau qui a sombré entre la Libye et l’Europe à la fin du mois d’octobre, en mer Méditerranée, a précisé à l’AFP son ancienne sélectionneuse nationale. La Fédération de football gambienne (GFF) a par ailleurs confirmé dans un communiqué la mort de la jeune femme.

Dans le même temps, une porte-parole du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a indiqué ce jeudi qu’au moins 110 personnes sont mortes ou portées disparues après un nouveau naufrage de migrants mercredi au large de la Libye.

Comme beaucoup d’autres migrants africains qui tentent de rejoindre l’Europe, la jeune femme de 19 ans aurait quitté la Gambie en septembre pour atteindre la Libye, en traversant le désert du Sahara. Gardienne de l’équipe nationale féminine de football « les Scorpions », Fatim Jawara avait fait ses débuts lors d’un match amical contre une équipe de Glasgow (Écosse). En 2012, elle avait participé à la Coupe du monde féminine des moins de 17 ans en Azerbaïdjan.

La CPI jugée responsable par la Gambie 

Le 25 octobre, Sheriff Bojang, le ministre gambien de l’information, avait notamment justifié le retrait de son pays de la Cour pénale internationale (CPI) par « les meurtres massifs de jeunes migrants africains dans les eaux et sur les plages européennes ». Il avait évoqué une défaillance des États européens dans la protection des migrants et critiqué la CPI pour n’avoir pas poursuivi les dirigeants pour cause de « génocide ».

Pourtant, en mai 2015, le président gambien Yahya Jammeh – au pouvoir depuis 1994 – avait imputé aux familles de migrants, qui envoient leurs enfants tenter la dangereuse traversée de la Méditerranée pour atteindre l’Europe, la responsabilité de la mort de nombre d’entre eux dans les récents naufrages. « Mais si ce sont de vrais musulmans et qu’ils sont convaincus par ce qu’ils disent, ils devraient également savoir que leurs enfants auraient pu s’en sortir chez eux s’ils étaient prêts à y investir et travailler », avait alors expliqué  le président Jammeh, affirmant que des emplois équivalents à ceux occupés par les migrants en Europe existaient en Gambie.

Les Gambiens fuient massivement la misère et la répression 

Selon l’Organisation mondiale pour les migrations (OIM), les Gambiens représentent le quatrième contingent de migrants par nationalité le plus important à arriver en Italie par la mer. Et ce, alors même que ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, enclavé dans le Sénégal, ne compte que 1,8 million d’habitants.

Un rapport de l’ONU sur le développement humain publié en 2013 indiquait que 60% de la population en Gambie vit dans « une pauvreté multiforme », dont le tiers avec moins de 1,25 dollars par jour. Mais si beaucoup de Gambiens quittent leur pays pour des raisons économiques, d’autres fuient également la répression. En juin, Amnesty International déplorait que l’espace déjà très réduit concédé à toute forme de dissidence en Gambie s’était encore rétréci sous l’effet d’une répression accrue.

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