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RD Congo : la proximité de Kikaya Bin Karubi et du canadien Feronia à nouveau épinglée

Bernabé Kikaya Bin Karubi, conseiller principal du chef de l'État congolais en charge de la diplomatie, le 4 décembre 2015 à Paris. © J.A.

Un groupement d'ONG publie mercredi une nouvelle charge - après un premier rapport en juin 2015 - sur la proximité entre le conseiller diplomatique du Président Joseph Kabila et le groupe canadien Feronia qui avait racheté en 2009 à Unilever les Plantations et Huileries du Congo (PHC). L'opacité financière interne au groupe est également critiquée alors que 118 millions de dollars lui ont été accordés entre 2013 et 2015 par plusieurs institutions internationales de financement du développement.

Un rapport rendu public mercredi 2 novembre par plusieurs ONG « pose des questions sur la façon dont Feronia a utilisé des millions de dollars d’aide à destination de l’Afrique » et appelle à « des enquêtes officielles », après un premier rapport de juin 2015 qui contestait la légitimité juridique de l’entreprise sur les 100 000 hectares dont elle exploite une partie dans le palmier à huile, ainsi que les conditions de travail des salariés de ces plantations.

Dans la nouvelle mouture publiée mercredi, les ONG Riao-DRC et Grain, déjà à l’initiative du rapport de 2015 mais cette fois rejointes par sept autres organisations, avancent que « 40 millions de dollars [sont] sortis de FISL [filiale britannique de Feronia, Feronia Services Incorporated Limited], Feronia JCA Limited SARL [créée en RDC en février 2014] et Feronia JCA Ltd [une autre filiale congolaise de Feronia] pour la fourniture de services non précisés à d’autres filiales de Feronia entre 2012 et 2015 ».

Une opacité pointée par les auteurs de ce rapport à l’aune des 118 millions de dollars de financement reçus par Feronia entre 2013 et 2015 de la part d’institutions internationales de financement du développement, tels que le britannique CDC, le Fonds pour l’agriculture en Afrique et de plusieurs autres institutions multilatérales (l’allemand DEG, le hollandais FMO ou le belge BIO).

« De l’argent qui était censé permettre à l’entreprise d’apporter des avantages économiques aux populations locales », tancent les auteurs.

Feronia contrôle trois sites, tous à proximité du fleuve Congo : Yaligimba et Boteka, dans la province de l’Équateur, et Lokutu, dans l’Oriental, dont seule une partie est en cours d’exploitation.

Rachat de 2009

En septembre 2009, Feronia avait racheté les Plantations et Huileries du Congo (PHC) à Unilever, des plantations que l’État belge avaient octroyées à ce dernier (qui s’appelait alors les Frères Lever) en 1911 – l’entreprise de produits alimentaires Marsavco, également détenue par Unilever, allant à la famille indienne Rawji.

Dans leur premier rapport en juin 2015, Riao-DRC et Grain mettaient déjà en exergue l’implication de Bernabé Kikaya Bin Karubi, ambassadeur de la RDC au Royaume-Uni entre 2008 et 2014, et conseiller diplomatique du Président Joseph Kabila. À Bernabé Kikaya Bin Karubi avait échu un siège au conseil d’administration de Feronia, poste pour lequel il a perçu 3 millions de dollars entre 2009 et 2014, notait alors le rapport.

Y était également souligné le rôle de Bernabé Kikaya Bin Karubi lors du rachat de PHC à Unilever : « la transaction a été menée par le biais de Feronia JCA [une filiale implanté dans les Iles Caïman]. Cette filiale de Feronia appartenait, pour des raisons non spécifiées, à hauteur de 20% à une entreprise congolaise, Jean Colette Afrique Sprl, qui appartient en totalité à Kikaya. » Puis, « dès que la transaction avec Unilever a été réalisée, Feronia Inc [le groupe canadien] a racheté les parts de Kikaya dans Feronia JCA et lui a en échange octroyé 8 894 344 actions de Feronia Inc, évaluées par l’entreprise à plus de 2,2 millions de dollars. »

Réponse de CDC

Dans un communiqué du 15 septembre 2015, CDC avait fait savoir que Feronia bénéficiait de la part du gouvernement congolais de 80 concessions foncières, que la compagnie avait engagé des négociations avec les quatre principaux syndicats du groupe pour engager une renégociation salariale « qui s’est traduite par une augmentation moyenne des salaires de +70% » et rejetait toute malversation vis-à-vis de Bernabé Kikaya Bin Karubi.

Et le CDC y indiquait encore : « Bernabé Kikaya Bin Karubi faisait partie de l’équipe qui a participé à l’acquisition de la plantation en 2009, opérée via un appel d’offres par KPMG Paris pour le compte d’Unilever. Au même titre que d’autres investisseurs, il a reçu des actions de la société mais n’a jamais fait de lobbying auprès du gouvernement. […] Tout argent reçu par Monsieur Karubi a trait à sa présence au conseil d’administration et au fait que la compagnie lui louait sa résidence à Kinshasa pour réduire les coûts d’hébergement du personnel visitant. Monsieur Karubi a quitté la société en 2014 ».

Contacté par Jeune Afrique mercredi, Bernabé Kikaya Bin Karubi était indisponible pour commenter ce nouveau rapport.

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