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Pétrole : timides espoirs de reprise à l’Africa Oil Week

Par - Envoyé spécial au Cap

A la conférence Africa Oil Week au Cap. © DR

Deux ans après le début de la chute des cours, les professionnels du secteur pétrolier, réunis en Afrique du Sud, s'accordent à dire que le plus gros de la tempête est derrière eux. Reportage au Cap.

Comme chaque année début novembre, les dirigeants des groupes pétroliers se réunissent au palais des congrès du Cap en Afrique du Sud pour la conférence Africa Oil Week, dont la 23ème édition se tient jusqu’au 4 novembre. Plus de deux ans après la chute drastique des cours, en juillet 2014, la plupart des professionnels du secteur interrogés estiment que le plus dur de la crise est passé.

Après une période intense de chasse aux coûts, la plupart des compagnies ont réduit fortement leurs dépenses d’exploitation et de développement des projets. Guy Maurice, le patron Afrique du français Total, a affirmé à ses pairs présents au Cap avoir baissé ses coûts opérationnels de 40 % sur le continent. Depuis 2014, Tim O’Hanlon, directeur général de Tullow Oil, qui opère notamment le gisement de Jubilee (au Ghana), a expliqué avoir divisé par sept ses investissements, et Jasper Peijs, vice-président exploration de BP pour l’Afrique, divisé par trois ses dépenses d’exploration.

La chasse aux projets est (à nouveau) ouverte

Des cures d’amaigrissement difficiles à vivre – notamment pour les sous-traitants du secteur – mais qui ont redonné aujourd’hui une marge de manœuvre à certains : les majors – comme Total, ENI, BP et ExxonMobil – mais aussi les compagnies locales de taille moyenne ayant des portefeuilles diversifiés, tel que le nigérian Seplat, dont le président Bryant Orjiako est présent à l’Africa Oil Week.

Ces acteurs, qui disposent de flux de trésorerie positifs, songent à nouveau à démarrer des projets, en profitant des coûts de développement actuellement très bas. Total espère ainsi prendre une décision d’investissement sur son projet ougandais d’ici la fin 2017. Exxon, qui tire 21% de sa production du continent africain, a annoncé la reprise de l’exploration dans une dizaine de pays, dont la Côte d’Ivoire. BP veut investir davantage en Egypte et au Mozambique sur ses champs gaziers. Quant à Seplat, le nigérian est à l’affût d’opportunités dans le delta du Niger, en particulier dans le secteur gazier.

Reste que de nombreux nuages demeurent au dessus de la tête des groupes pétroliers présents à l’Africa Oil Week. D’abord, les cours, qui tournent actuellement autour de 50 dollars le baril – et non plus 30 dollars comme en janvier 2016 – ne reviendront pas de sitôt au dessus de 100 dollars, leur niveau avant-crise. Selon la plupart des analystes, le prix du brent devrait rester entre 45 et 65 dollars le baril en 2017. La forte sélectivité des pétroliers dans le lancement de nouveaux projets devrait donc perdurer.

D’autres difficultés s’ajoutent également à celle du niveau des cours. Les participants à l’Africa Oil Week observent dans certains pays fortement dépendants au pétrole – notamment au Nigeria et en Algérie – une multiplication des conflits juridiques et fiscaux, en témoigne le redressement fiscal faramineux de 13 milliards de dollars annoncé fin octobre par l’État fédéral nigérian à l’encontre des majors installées dans le pays, dont Total, ENI, Chevron et Exxon, qui récusent toute fraude.

Certains se plaignent également d’une inflexibilité de certains gouvernements africains sur les règles de contenu local (qui obligent les compagnies à s’approvisionner et recruter localement) quand celles-ci surenchérissent les coûts des projets. Autre défi qui préoccupe spécifiquement les pétroliers au Nigeria présents à l’Africa Oil Week, celui de la sécurité, avec l’émergence du mouvement des Avengers qui entrave la production dans le delta du Niger, et pas seulement des multinationales, mais aussi des grandes compagnies locales comme Oando et Seplat.

Enfin, les pétroliers s’inquiètent des tensions politiques au Gabon, qui ont occasionné des mouvements de grèves dans certaines exploitations, notamment celles du français Maurel et Prom, dont la production est passée de ce fait de 28 000 à 10 000 barils par jour.

Dans ce contexte, les décisions d’investissement ne devraient pas pleuvoir sur le secteur pétrolier du continent. Dans chaque pays, la qualité de la relation entre l’État et les compagnies sera cruciale pour que le secteur redémarre pour de bon, mais sans doute après 2018.

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